Le problème de départ
Un PER se résume à un nombre, et ce nombre est tentant à lire seul : bas, l'action paraîtrait bon marché, élevé, elle paraîtrait chère. Cette lecture se trompe dans trois cas courants : le PER élevé d'une société dont les bénéfices progressent, le PER bas d'une société cyclique au sommet de son cycle, et le PER négatif d'une société en perte.
Le calcul du PER, le cours divisé par le bénéfice par action, est détaillé au glossaire. Cette leçon porte sur sa lecture.
L'explication
Face au secteur
Le niveau d'un PER dépend du métier. Une banque et un groupe de cosmétiques n'ont ni la même croissance ni les mêmes risques, et leurs PER ne se comparent pas. Un PER se compare d'abord à celui des concurrents directs, qui vendent les mêmes produits aux mêmes clients. Voir le PER de L'Oréal dans sa fiche
Face à la croissance
Un PER élevé dit que le marché paie beaucoup d'années du bénéfice actuel, le plus souvent parce qu'il attend des bénéfices en hausse. Le PEG rapporte le PER à cette croissance : il divise le PER par le taux de croissance annuel attendu des bénéfices, exprimé en pourcentage. Un PER de 30 pour une croissance de 30% par an donne un PEG de 1, comme un PER de 15 pour une croissance de 15%.
Face à l'histoire de la société et à son cycle
Le PER d'une société se compare aussi à ses propres PER passés. Pour une société cyclique, dont le bénéfice suit la conjoncture, la lecture s'inverse. Au sommet du cycle, le bénéfice est au plus haut et le PER paraît bas. Au creux, le bénéfice s'effondre et le PER s'envole, ou devient négatif.
Quand le bénéfice est négatif
Un bénéfice par action négatif donne un PER négatif, quel que soit le cours. Ce nombre ne mesure plus un prix payé pour un bénéfice. Il ne se classe pas avec les autres PER : un PER de -2 n'est pas plus bas qu'un PER de 10, il appartient à une autre catégorie, celle des sociétés en perte.
Le cas réel : le PER négatif d'Ubisoft
Ubisoft a publié le 20/05/2026 les comptes de son exercice 2025-26, clos le 31/03/2026. Le résultat net part du groupe, en normes IFRS, est une perte de 1 475,2 millions d'euros, soit un bénéfice dilué par action de -11,16 euros. L'exercice précédent affichait déjà une perte, de 243,5 millions d'euros.
| Exercice 2024-25 | Exercice 2025-26 | |
|---|---|---|
| Résultat net part du groupe, IFRS | -243,5 millions d'euros | -1 475,2 millions d'euros |
| Bénéfice dilué par action, IFRS | -1,92 euro | -11,16 euros |
| Bénéfice dilué par action, non-IFRS | -0,56 euro | -9,38 euros |
| Résultat opérationnel, IFRS | -196,5 millions d'euros | -1 322,3 millions d'euros |
Source : communiqué de résultats annuels d'Ubisoft, 20/05/2026 ; exercices clos le 31 mars.
Divisé par n'importe quel cours positif, un bénéfice de -11,16 euros par action donne un PER négatif. Ce PER ne dit pas que l'action est bon marché. Il dit qu'il n'y a pas de bénéfice à payer, et la lecture passe par trois autres chiffres.
Le premier est la cause de la perte. Ubisoft rattache sa perte opérationnelle aux choix de sa remise à plat stratégique, qui ont touché son calendrier de sorties et la composition de son portefeuille : la revue de ce portefeuille a arrêté 7 projets et en a retardé 6. Ses dépenses de recherche et développement non-IFRS ont atteint 1 855,9 millions d'euros, contre 1 029,2 millions un an plus tôt.
Le deuxième est le bilan. Au 31/03/2026, la dette nette non-IFRS du groupe était de 187 millions d'euros, contre 885 millions un an plus tôt. Dans l'intervalle, l'opération conclue avec Tencent a apporté 1,16 milliard d'euros de trésorerie. Une perte se lit différemment selon que la société a de quoi la traverser ou non.
Le troisième est ce que la société annonce. Ubisoft prévoit pour 2026-27 une marge opérationnelle non-IFRS encore négative, puis un résultat opérationnel non-IFRS positif en 2027-28. C'est une prévision de la société, pas un résultat publié : elle se vérifie dans les comptes des exercices suivants.
Les erreurs fréquentes
- Lire un PER négatif comme un PER bas. Un PER de -1 ne signale pas une action bon marché, il signale une perte.
- Comparer des PER de métiers différents. Une banque et un éditeur de logiciels n'ont pas la même croissance, ni les mêmes risques.
- Oublier le cycle. Un PER bas au sommet du cycle repose sur un bénéfice qui ne durera pas.
- Mélanger les bases. Un PER calculé sur le bénéfice IFRS ne se compare pas à un PER calculé sur un bénéfice non-IFRS, ni un PER sur l'exercice à un PER sur les 12 derniers mois.
- Prendre le PER prévisionnel pour un fait. Il repose sur des bénéfices attendus, qui peuvent ne pas venir.
La mise en pratique
- Vérifier le signe et la base du bénéfice par action : IFRS ou non-IFRS, exercice ou 12 derniers mois, et sa date.
- Comparer le PER à celui des concurrents directs, jamais à celui d'un autre métier.
- Le rapprocher de la croissance attendue des bénéfices, avec le PEG.
- Le situer dans le cycle : comparer le bénéfice de l'année à celui des années précédentes.
- En cas de perte, lire la cause, la dette nette et la trésorerie, dans le communiqué de résultats et le document d'enregistrement universel de la société.
Les mots du glossaire
PER, bénéfice par action, PEG, résultat net, multiple de valorisation, valeur d'entreprise, dette nette, trésorerie, consensus des analystes.
La leçon valoriser une entreprise présente les autres méthodes de valorisation, et la leçon lire un compte de résultat montre d'où vient le bénéfice que le PER utilise.