Le problème de départ
Une entreprise peut afficher un bénéfice et manquer d'argent, ou l'inverse. Le résultat net obéit aux règles comptables, qui étalent certaines dépenses et enregistrent des ventes pas encore encaissées. Le lecteur qui veut savoir combien d'argent l'entreprise dégage vraiment doit donc refaire le chemin du bénéfice jusqu'à la trésorerie.
Cette leçon fait ce chemin sur les comptes 2025 de Legrand, publiés le 12 février 2026, qui donnent chaque étape du calcul.
L'explication
Ajouter les charges sans sortie d'argent
Le résultat net retire des charges qui ne font sortir aucun argent dans l'année, comme les amortissements. Une machine payée il y a 3 ans est amortie sur sa durée d'usage. Chaque amortissement réduit le bénéfice sans toucher la caisse. Le calcul ajoute donc ces charges au résultat net, ce qui donne la marge brute d'autofinancement.
Retirer l'argent bloqué dans l'exploitation
Une entreprise qui grandit stocke plus et attend davantage de paiements de ses clients. Cet argent immobilisé, moins les sommes dues aux fournisseurs, forme le besoin en fonds de roulement. Sa hausse se retire du calcul, car c'est de la trésorerie qui n'est pas encore rentrée. Le résultat de cette étape s'appelle les flux de trésorerie des opérations.
Retirer les investissements
Le dernier poste regroupe les usines, les machines et les logiciels payés dans l'année. Une fois ces investissements retirés, il reste le cash flow libre, l'argent disponible pour verser un dividende, réduire la dette ou racheter d'autres entreprises.
Le cas chiffré : Legrand en 2025
| Étape, en millions d'euros | 2025 | 2024 |
|---|---|---|
| Résultat net | 1 252,3 | 1 168,9 |
| + Amortissements et dépréciations | 415,2 | 384,9 |
| + Autres éléments sans effet sur la trésorerie | 48,1 | 44,8 |
| = Marge brute d'autofinancement | 1 715,6 | 1 598,6 |
| - Hausse du besoin en fonds de roulement | 138,8 | 75,3 |
| = Flux de trésorerie des opérations courantes | 1 576,8 | 1 523,3 |
| - Investissements, frais de développement compris | 248,7 | 239,6 |
| + Produit des cessions d'actifs | 2,7 | 6,8 |
| = Cash flow libre | 1 330,8 | 1 290,5 |
Source : communiqué de la publication annuelle 2025 de Legrand, 12 février 2026, déposé à l'AMF, réconciliation de la marge brute d'autofinancement et du cash flow libre avec le résultat net, lue le 29/10/2026. La ligne des autres éléments regroupe 4 lignes du communiqué.
Le cash flow libre, 1 330,8 millions d'euros en 2025, dépasse le résultat net part du groupe, 1 244,6 millions, soit le résultat net du tableau sans la part des actionnaires minoritaires. Le cash flow libre en représente 107%, ce que Legrand appelle son taux de conversion. L'écart s'explique surtout par les amortissements, 415,2 millions, nettement supérieurs aux investissements payés dans l'année, 248,7 millions. Cet écart se suit sur plusieurs années, car des investissements durablement inférieurs aux amortissements usent l'outil de production.
La hausse du besoin en fonds de roulement pèse en sens inverse. Elle retire 138,8 millions d'euros en 2025, presque 2 fois plus qu'en 2024. Au bilan, le besoin en fonds de roulement passe de 880,0 à 1 013,7 millions. Le tableau des flux retient une hausse de 138,8 millions, et non la simple différence des deux bilans.
Le cash flow libre représente 14,0% du chiffre d'affaires de 9 480,6 millions d'euros. Il paie notamment le dividende, que le conseil de Legrand propose de fixer à 2,38 euros par action au titre de 2025. Voir le dividende de Legrand dans sa fiche
Selon Legrand, le cash flow libre finance aussi les 7 acquisitions annoncées en 2025 sans fragiliser le bilan. La dette financière nette passe tout de même de 3 005,5 à 4 222,6 millions d'euros, car l'argent dégagé n'a pas couvert toutes les dépenses de l'année.
Les erreurs fréquentes
- Prendre le bénéfice pour de l'argent. Une vente enregistrée en décembre peut n'être payée qu'en février. Le bénéfice la compte, la trésorerie pas encore.
- Oublier les investissements. Les flux de trésorerie des opérations ne sont pas du cash flow libre. Une entreprise industrielle qui n'investit plus finit par user ses usines.
- Lire une seule année. Le besoin en fonds de roulement varie d'une année sur l'autre. Une baisse ponctuelle gonfle le cash flow libre sans que l'activité s'améliore.
- Comparer des définitions différentes. Legrand ajoute les cessions d'actifs à son cash flow libre. D'autres sociétés les laissent de côté ou retirent les loyers payés.
- Compter les acquisitions comme des investissements courants. Les rachats d'entreprises figurent dans une autre partie du tableau des flux. Le cash flow libre se calcule avant eux.
La mise en pratique
- Ouvrir le tableau des flux de trésorerie consolidés, dans le rapport annuel, ou la réconciliation donnée en annexe du communiqué des résultats.
- Partir du résultat net et repérer les charges sans effet sur la trésorerie, d'abord les amortissements.
- Lire la variation du besoin en fonds de roulement, puis la comparer à la croissance des ventes.
- Retirer les investissements payés pour obtenir le cash flow libre.
- Rapporter le cash flow libre au résultat net et au chiffre d'affaires, sur plusieurs années.
Les mots du glossaire
Résultat net, flux de trésorerie, free cash flow, conversion du bénéfice en trésorerie, marge de trésorerie, rendement FCF, EBITDA, dette nette.
La leçon suivante, ROIC et coût du capital, montre comment juger si ces investissements rapportent assez.