Le problème de départ
Une société peut créer des actions nouvelles pour lever de l'argent, payer une acquisition ou rémunérer ses salariés. L'actionnaire en place garde le même nombre d'actions, mais le gâteau se partage entre plus de parts. Le lecteur d'un communiqué doit donc savoir mesurer ce qu'il perd et ce qu'il peut gagner.
Cette leçon fait ce calcul sur l'augmentation de capital de Schneider Electric, réalisée en octobre 2026.
L'explication
La part du capital
La dilution se mesure d'abord en part du capital. L'actionnaire divise le nombre d'actions qu'il détient par le nombre total d'actions, avant puis après l'émission. Sa part baisse du poids des actions nouvelles dans le nouveau total.
Le bénéfice par action
Le bénéfice par action divise le résultat net par le nombre d'actions. À résultat égal, plus d'actions donnent un bénéfice par action plus faible. Mais l'argent levé sert à quelque chose. S'il rapporte assez, le résultat augmente plus vite que le nombre d'actions et l'opération devient relutive.
La dilution potentielle
Les options et les actions gratuites promises aux salariés créeront peut-être des actions plus tard. Les sociétés publient donc un bénéfice par action de base et un bénéfice dilué, qui compte ces actions possibles. Hermès publie ainsi, dans ses résultats annuels 2025 du 12 février 2026, un résultat de base de 43,15 euros par action et un résultat dilué de 43,07 euros.
Le cas chiffré : Schneider Electric en octobre 2026
| Élément | Montant |
|---|---|
| Actions au 30/09/2026 | 578 605 363 |
| Actions nouvelles émises | 25 000 000 |
| Actions au 22/10/2026 | 603 605 363 |
| Prix de souscription par action | 240 € |
| Dernier cours de clôture avant l'opération | 252,60 € |
| Produit brut | 6,0 Md€ |
| Part d'un actionnaire détenant 1% avant l'émission | 0,96% |
Sources : communiqués de Schneider Electric du 5, du 20 et du 28 octobre 2026, déclarations du capital au 30 septembre et au 22 octobre 2026, communiqué des résultats annuels 2025 d'Hermès du 12 février 2026, déposés à l'AMF, lus le 29/10/2026.
Étape 1, la part du capital. Les 25 000 000 actions nouvelles représentent environ 4,32% du capital avant l'émission. Un actionnaire qui détenait 1% du capital et n'a pas acheté d'actions nouvelles en détient environ 0,96%, selon le communiqué. Sa part a donc baissé de 4,1%, puisque 578 605 363 actions sont devenues 603 605 363.
Étape 2, le prix. Les actions nouvelles sont vendues 240 euros, avec une décote d'environ 4,99% sur le dernier cours de 252,60 euros. La décote rémunère les investisseurs qui achètent vite un gros bloc. Le droit préférentiel de souscription étant supprimé, seuls des investisseurs qualifiés ont pu acheter ces actions.
Étape 3, l'usage de l'argent. Les 6,0 milliards d'euros financent en partie l'acquisition de PTC, éditeur de logiciels industriels, annoncée le 5 octobre 2026 pour environ 22 milliards d'euros payés en numéraire. Le reste doit venir de la dette, dont 6,0 milliards d'euros d'obligations annoncées le 28 octobre 2026.
Étape 4, le bénéfice par action. À résultat égal, 4,32% d'actions en plus réduiraient le bénéfice par action. Schneider Electric prévoit pourtant que l'acquisition de PTC augmentera de quelques pourcents son bénéfice par action ajusté, dès la première année complète dans ses comptes. Ce bénéfice ajusté exclut les effets comptables du prix d'acquisition. Les bénéfices attendus de PTC, une fois payés les intérêts de la nouvelle dette, dépasseraient donc la part de bénéfice cédée aux nouveaux actionnaires, si les prévisions se réalisent.
Le bénéfice par action des prochains exercices dira si la dilution a été compensée. Voir le bénéfice par action de Schneider Electric dans sa fiche
Les erreurs fréquentes
- Confondre baisse de la part et perte. L'actionnaire dilué détient une part plus petite d'une société plus grande. Il ne perd de l'argent que si l'argent levé est mal employé ou les actions vendues trop bon marché.
- Ignorer la décote. Des actions nouvelles vendues sous le cours transfèrent un peu de valeur des anciens actionnaires vers les nouveaux.
- Croire les prévisions de relution sans les suivre. Une opération annoncée relutive repose sur des hypothèses. Le bénéfice par action des années suivantes dit si elles se sont réalisées.
- Oublier la dilution rampante. Les actions gratuites et les options des salariés diluent un peu chaque année. L'écart entre bénéfice de base et bénéfice dilué la mesure.
- Compter les actions autodétenues comme les autres. Les actions que la société détient elle-même n'ont ni dividende ni droit de vote. Le bénéfice par action se calcule sans elles.
La mise en pratique
- Lire le communiqué de l'émission : nombre d'actions nouvelles, prix, décote et part du capital qu'elles représentent.
- Vérifier le nombre total d'actions dans la déclaration mensuelle du capital, avant et après l'opération.
- Calculer sa part : actions détenues divisées par le nombre total, avant puis après.
- Chercher l'usage de l'argent et l'effet annoncé sur le bénéfice par action.
- Comparer le bénéfice de base et le bénéfice dilué dans les résultats annuels, sur plusieurs années.
Les mots du glossaire
Dilution, bénéfice par action, décote, rachat d'actions, capitalisation boursière, droit de vote double, résultat net, OPA.
La leçon suivante, le risque de change, montre comment le dollar change ce que rapporte une action étrangère.