Aller au contenu principal
Nvidia, une proche de Jensen Huang soupçonnée d'espionnage pour Pékin à 10 jours des résultats

Nvidia, une proche de Jensen Huang soupçonnée d'espionnage pour Pékin à 10 jours des résultats

Publié par le 8 min de lecture
Partager
Ajoutez-nous à vos favoris

Nvidia (NVDA), le fabricant des puces qui font tourner la plupart des intelligences artificielles, voit une proche de son patron soupçonnée d'espionnage pour Pékin. Mais l'affaire vise surtout la Chine, qui a encore rapporté 7,88 milliards de dollars au groupe sur le dernier trimestre publié.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNégative
IntensitéFaible
Horizon6-12 mois
Ce que ça touchePrime de risque, relations avec Washington, accès aux marchés export

Une proche de Jensen Huang dans le viseur du renseignement

Selon le New York Times, repris samedi 7 novembre par Bloomberg, les services de renseignement américains estiment qu'Alice Huang travaillait pour le ministère chinois de la Sécurité d'État. Cette femme d'affaires chinoise, sans lien de parenté avec le patron de Nvidia, aurait noué une relation proche avec Jensen Huang. Le quotidien décrit une opération destinée à en apprendre davantage sur les puces les plus avancées du groupe et à pousser leur vente en Chine.

Nvidia conçoit les cartes graphiques GeForce des joueurs de jeux vidéo et les puces des centres de données où s'entraînent les intelligences artificielles. Alice Huang dirigeait Megaspeed, une société de Singapour qui construit des centres de données en Asie du Sud-Est avec des puces Nvidia. Elle loue cette puissance de calcul à Alibaba, ce qui revient selon le quotidien à un contournement partiel des restrictions américaines à l'exportation.

Le New York Times affirmait dès le 29 octobre que la femme d'affaires faisait l'objet d'une surveillance électronique depuis environ un an. Donald Trump aurait été informé de la relation l'an dernier sans donner suite. Megaspeed avait déjà été soupçonnée d'aider des acheteurs à contourner les contrôles américains sur les puces.

Dans une lettre datée du 4 novembre, trois présidents de commission de la Chambre des représentants demandent à Jensen Huang un briefing à huis clos le 18 novembre. Brian Mast préside la commission des Affaires étrangères, John Moolenaar celle consacrée à la Chine et Rick Crawford celle du renseignement. Les trois élus républicains veulent « déterminer dans quelle mesure la sécurité nationale américaine a été mise en danger ».

Les faits reposent sur des sources anonymes informées de la surveillance. Megaspeed n'a pas répondu aux sollicitations de CNBC. Nvidia répond que ses clients de cloud régional ne reçoivent que des « informations commerciales ordinaires », sans secret industriel ni donnée utile à la sécurité nationale. Le groupe ajoute que son patron rencontre des milliers de dirigeants de clients chaque année. L'ambassade de Chine juge ces informations « sans fondement ».

Chiffre d'affaires annuel de Nvidia depuis 2001 en dollars, avec les prévisions des analystes pour 2027 et 2028.
Un chiffre d'affaires annuel multiplié par huit en trois ans, avec une nouvelle hausse attendue par les analystes.Note : chiffre d'affaires par exercice clos fin janvier, en dollars. Les barres hachurées sont les prévisions du consensus.Source : comptes annuels de Nvidia, consensus des analystes

Ce que le prix incorpore déjà

L'affaire passe par la prime de risque, ce supplément de rendement qu'un investisseur exige pour détenir un titre exposé à une décision politique. Pour Nvidia, cette décision porte un nom, les règles américaines d'exportation de puces. Chaque soupçon de fuite de technologie vers Pékin renforce les élus qui veulent les durcir, alors que Jensen Huang plaide depuis des mois pour leur assouplissement.

Les puces les plus puissantes du groupe ne peuvent déjà pas être vendues directement en Chine. Washington avait fini par autoriser des versions moins performantes. Ce sont elles, ainsi que les loueurs de capacité installés dans les pays voisins comme Megaspeed, qu'un durcissement viserait en premier. Jensen Huang compte aussi parmi les alliés de Donald Trump dans la défense de l'industrie américaine de l'intelligence artificielle.

La Chine, Hong Kong compris, a représenté 7,88 milliards de dollars de ventes sur le trimestre clos fin juillet, soit environ 8% du chiffre d'affaires de la période. Nvidia rappelle lui-même que Pékin limite déjà l'achat de ses puces pour centres de données afin de favoriser ses fabricants locaux, Huawei en tête. La part en jeu reste donc minoritaire, puisque la plus grande partie des ventes est facturée aux États-Unis.

Le groupe dispose de 99,37 milliards de dollars de trésorerie face à 38,86 milliards de dette. Ce matelas laisse au groupe de quoi traverser une longue période de tension avec Washington.

Le Reverse-DCF part du prix de l'action et en déduit la croissance que le marché anticipe pour le free cash flow, l'argent qui reste une fois payées les dépenses d'exploitation et les investissements. Au cours de clôture du 6 novembre, il ressort à environ 12,5% par an sur dix ans. C'est très loin des 105,85% de croissance des ventes réalisés sur un an, ce qui signifie que le prix suppose déjà un net ralentissement.

L'action se paie 23,59 fois ses bénéfices des douze derniers mois, contre 40,90 fois pour la médiane des 385 fabricants de semi-conducteurs comparables. Ce rapport entre le cours et le bénéfice, appelé PER, se situe dans les 10% les plus faibles observés sur cinq ans pour Nvidia. Le titre a donc rarement été aussi peu cher au regard de ses profits.

Free cash flow annuel de Nvidia depuis 2007 en dollars, en forte hausse sur les trois derniers exercices.
Un free cash flow annuel multiplié par plus de vingt-cinq en trois ans.Note : free cash flow, l'argent qui reste après les dépenses d'exploitation et les investissements, par exercice clos fin janvier.Source : comptes annuels de Nvidia

La fiche de Nvidia donne sa note et la liste de ses concurrents.

Ce que le marché en fait déjà

L'action Nvidia a terminé vendredi 6 novembre à 186,64 dollars au Nasdaq, en hausse de 2,78% sur la séance. La veille, elle avait chuté de 9,26% à 181,60 dollars lors de la pire séance du Nasdaq depuis avril 2025, selon CNBC.

Ce recul a effacé près de 450 milliards de dollars de valeur boursière en une journée, selon IBTimes, soit environ un dixième de la capitalisation du groupe. Les comptes rendus de séance attribuent ce repli à des doutes sur le financement des dépenses d'intelligence artificielle et aux prévisions décevantes de Qualcomm.

La lettre des élus a été rendue publique jeudi, le jour même de cette chute sectorielle. Le titre a repris du terrain dès vendredi. L'affaire pèse donc moins sur les comptes que sur le multiple que les investisseurs acceptent de payer. Elle tombe sur un titre qui évolue déjà 23,31% sous son plus haut des douze derniers mois, atteint à 243,37 dollars en séance.

Le cours se situe 8,81% sous sa moyenne des 200 dernières séances, une référence suivie pour juger de la tendance de fond. Son RSI, un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations, ressort à 25,36. Il passe ainsi sous le seuil de 30 qui signale un titre survendu. Sur un an, l'action recule de 0,77%, ce qui la ramène à son niveau de la fin 2025.

Cours de l'action Nvidia au Nasdaq sur deux ans en dollars, avec l'objectif moyen des analystes.
Deux ans de cours, avec un sommet atteint début octobre puis un repli rapide.Note : cours quotidien en dollars sur deux ans. La ligne pointillée indique l'objectif de cours moyen des analystes.Source : cours de Bourse au Nasdaq, consensus des analystes

Sur les 62 analystes qui suivent la valeur, 59 sont positifs, 2 neutres et 1 négatif. Leur objectif de cours moyen, environ 327 dollars, se situe près de 75% au-dessus du cours. Les objectifs s'étalent de 180 à 515 dollars, si bien que le plus prudent d'entre eux vise à peine moins que le cours actuel. Le dernier avis publié, celui de Melius Research le 2 novembre, maintenait une opinion positive.

Le point de bascule

Nvidia publie ses résultats trimestriels le 17 novembre et Jensen Huang est invité le lendemain devant les trois commissions. Le groupe n'a pas dit s'il s'y rendrait. Les analystes attendent environ 109 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour le trimestre et un bénéfice ajusté d'environ 2,5 dollars par action. La part de la Chine et le ton de la direction sur les exportations seront les deux indicateurs à suivre. Une absence au briefing, ou une réponse jugée insuffisante par les élus, prolongerait l'affaire au-delà des résultats.

Tant que les ventes trimestrielles tiennent les quelque 109 milliards de dollars attendus et que la Chine reste autour de 8% du chiffre d'affaires, l'affaire reste une question de gouvernance. Le Reverse-DCF d'environ 12,5% laisse alors une large marge entre ce que le prix suppose et ce que publie le groupe.

Si Washington durcit ses règles d'exportation dans la foulée du briefing, les 7,88 milliards de dollars trimestriels réalisés en Chine deviendraient le premier montant en jeu. Avec 59 analystes sur 62 déjà positifs, une déception sur la Chine pèserait d'abord sur des attentes encore très hautes.

Bénéfice par action annuel de Nvidia depuis 1999 en dollars, avec les prévisions des analystes pour 2027 et 2028.
Un bénéfice par action que les analystes voient presque doubler sur l'exercice en cours.Note : bénéfice par action par exercice clos fin janvier, en dollars. Les barres hachurées sont les prévisions du consensus.Source : comptes annuels de Nvidia, consensus des analystes

Actifs corrélés

Le cours et les analyses d'Upside de chaque actif lié.

Actifs impactés

Données via Hyperview

À lire ensuite

Les entreprises derrière les marques, décryptées.Découvrir l'app Upside+Découvrir l'app Upside+