Aller au contenu principal
Nvidia autorise 235 milliards de rachats, soit 4,33% de sa valeur en Bourse

Nvidia autorise 235 milliards de rachats, soit 4,33% de sa valeur en Bourse

Publié par le 9 min de lecture
Partager
Ajoutez-nous à vos favoris

Nvidia (NVDA), le concepteur des puces de l'intelligence artificielle, porte son programme de rachat d'actions à 235 milliards de dollars, un record. Mais face à une capitalisation de plus de 5 400 milliards, le geste ne pèse que 4,33% de sa valeur en Bourse.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionPositif
IntensitéModérée
Horizon6-12 mois
Ce que ça toucheRetour aux actionnaires, nombre d'actions, allocation de la trésorerie

Ce qui a été autorisé

Le conseil d'administration de Nvidia a approuvé ce lundi 28 septembre une rallonge de 150 milliards de dollars à son programme de rachat d'actions, annonce le groupe dans un communiqué. L'autorisation totale atteint 235 milliards de dollars, la plus forte hausse jamais décidée par une entreprise, relève CNBC. Nvidia prévoit d'exécuter le programme restant d'ici la fin de son exercice 2028, qui s'achève fin janvier 2028.

Nvidia, ce sont les cartes graphiques des ordinateurs de jeu, mais surtout les processeurs et les systèmes qui équipent l'essentiel des centres de calcul d'intelligence artificielle.

Jensen Huang, son fondateur et directeur général, justifie l'annonce par la génération de trésorerie du groupe, qui lui permet à la fois d'investir dans cette transformation et de rendre du capital aux actionnaires. Selon lui, l'autorisation traduit la confiance de la direction dans l'opportunité de long terme.

Le rachat d'actions consiste pour l'entreprise à acheter ses propres titres en Bourse puis à les annuler. Il y a moins d'actions en circulation, et chaque actionnaire restant détient une part un peu plus grande des bénéfices futurs. Nvidia verse aussi un dividende, mais il reste symbolique : 0,25 dollar par action ce trimestre, soit un rendement de 0,22% par an. Le rachat est donc sa voie principale pour rendre de l'argent aux actionnaires.

Une autorisation n'est pas un achat. Elle fixe un plafond, que le groupe utilise à son rythme, et Nvidia n'a pas précisé le calendrier trimestre par trimestre. Pour mesurer l'ordre de grandeur, il faut le rapporter aux comptes. Le groupe a dégagé 127 006 M USD de flux de trésorerie disponibles sur les douze derniers mois : l'autorisation totale représente environ un an et dix mois de cette trésorerie. Sur la même période, Nvidia a déjà racheté pour 55 315 M USD d'actions. L'autorisation représente aussi plus du double de sa trésorerie actuelle, de 99 369 M USD : le programme ne peut donc se financer qu'au fil des flux à venir, pas sur le seul stock de liquidités.

Flux de trésorerie disponibles annuels de Nvidia en dollars, en très forte hausse depuis l'exercice 2024.
Les flux de trésorerie disponibles sont passés de 27 021 M USD sur l'exercice 2024 à 96 676 M USD sur l'exercice 2026 : c'est cette enveloppe qui finance les rachats.Note : flux de trésorerie disponibles annuels, exercices clos fin janvier ; le chiffre en tête de carte porte sur l'exercice clos.Source : comptes annuels de NVIDIA Corporation

Ce que le prix incorpore déjà

La ligne des comptes touchée est celle de l'argent rendu aux actionnaires. Sur les douze derniers mois, dividendes et rachats nets des actions émises représentent 1,14% de la capitalisation boursière. En clair, pour 100 dollars d'actions Nvidia, l'entreprise a rendu un peu plus d'un dollar à ses actionnaires en un an. À cette échelle de valeur, même un programme record déplace peu la part de chaque actionnaire : les 150 milliards de rallonge représentent environ 2,8% de la capitalisation.

Le groupe peut pourtant se le permettre sans emprunter. Sa trésorerie de 99 369 M USD dépasse sa dette de 38 860 M USD, et le métier est d'une rentabilité rare : sur 100 dollars de ventes, il en reste 63,66 en bénéfice net, contre 8,12 pour la médiane des semi-conducteurs.

Le prix de l'action, lui, reste mesuré sur ce qu'il suppose. En remontant du cours vers la croissance nécessaire pour le justifier, le marché intègre une progression du free cash flow, l'argent qui reste une fois les dépenses et les investissements payés, d'environ 15% par an pendant dix ans. Sur les cinq dernières années, le chiffre d'affaires a progressé de 66,90% par an. L'exigence du cours reste donc très en dessous de ce que la société a réalisé.

Le multiple le confirme. Le titre se paie 24,94 fois les bénéfices attendus, contre 29,15 fois pour la médiane de son sous-secteur, qui regroupe 400 sociétés de semi-conducteurs. Face à sa propre histoire, il se situe dans le tiers le moins cher des cinq dernières années : l'action a rarement coûté aussi peu par rapport à ses bénéfices. Racheter ses titres à ce multiple revient, pour le groupe, à parier sur la durée de sa propre croissance. À 24,94 fois les bénéfices attendus, chaque dollar consacré aux rachats acquiert environ 4 cents de bénéfice annuel : l'opération n'est rentable pour l'actionnaire que si ces bénéfices continuent de monter. Le détail des flux, des multiples et des comparables reprend le dossier ligne par ligne.

PER glissant de Nvidia en fin d'exercice sur plusieurs années, avec 29,24 fois sur douze mois en tête de carte.
Le PER glissant de Nvidia, à 29,24 fois, reste sous la plupart de ses niveaux des dernières années.Note : PER glissant en fin d'exercice ; le chiffre en tête de carte porte sur les douze derniers mois.Source : comptes annuels de NVIDIA Corporation et cours de Bourse

Ce que le marché en fait déjà

L'action s'échangeait à 231,32 dollars ce lundi 28 septembre en début de séance à New York, à 2,21% de son plus haut annuel de 236,54 dollars. Elle évolue à 93% de sa fourchette sur un an, entre 164,27 et 236,54 dollars.

Sur douze mois, le titre a gagné 28,99%, presque exactement comme la médiane des semi-conducteurs, en hausse de 29,95%. Malgré un chiffre d'affaires trimestriel qui a doublé en un an, Nvidia n'a donc pas distancé son secteur en Bourse : son multiple s'est resserré pendant que ses bénéfices grimpaient. C'est ce décalage qui rend le moment choisi pour racheter plus lisible : le groupe achète ses titres à un prix que le marché juge prudent au regard de ses résultats.

Le consensus reste presque unanime. Sur les 61 analystes qui suivent la valeur, 58 sont positifs, 2 neutres et 1 négatif. Leur objectif moyen s'établit à environ 328 dollars, soit un potentiel d'environ 42%, avec des cibles allant de 180 à 515 dollars. L'écart entre la plus basse et la plus haute dit à quel point le scénario reste débattu, malgré l'accord général sur la direction. Les attentes montent encore : l'estimation de bénéfice par action pour l'exercice en cours a été relevée de 2,82% en un mois, à 9,31 dollars.

Cette unanimité a son revers. Quand la quasi-totalité d'une couverture est positive, le scénario central est largement partagé, et la prochaine révision a plus de place pour décevoir que pour surprendre.

Cours quotidien de l'action Nvidia sur deux ans, en dollars, proche de son plus haut annuel fin septembre 2026.
Le titre a gagné 28,99% en un an et se rapproche de son plus haut annuel.Note : cours de clôture quotidien sur deux ans, en dollars.Source : cours de Bourse, Capital IQ

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication du troisième trimestre, attendue le 25 novembre, une date encore estimée. L'indicateur à surveiller est la croissance du chiffre d'affaires trimestriel, qui décide de la trésorerie disponible pour les rachats.

Le scénario favorable prolonge la trajectoire. Au deuxième trimestre, les ventes ont progressé de 105,85% sur un an, à 96 222 M USD. Le consensus attend environ 194 milliards de dollars de trésorerie disponible sur l'exercice en cours : assez pour financer les rachats sans toucher au bilan. Le groupe investit peu dans ses propres installations : le consensus n'attend qu'environ 9,7 milliards de dollars d'investissements sur l'exercice, une somme faible face à ses ventes, si bien que l'essentiel de ce qu'il encaisse reste disponible.

Le scénario défavorable tient aux attentes. Le consensus prévoit un bénéfice par action de 15,68 dollars sur l'exercice suivant, en hausse de 68,50%. Un ralentissement des commandes des centres de calcul toucherait d'abord ce chiffre, et avec lui la capacité de rachat. Le programme resterait autorisé, mais son exécution deviendrait plus lente, ou plus coûteuse pour le bilan.

Tant que la croissance trimestrielle reste proche de ce rythme, le programme se finance seul et le multiple de 24,94 fois reste un constat de prudence du marché. Si elle ralentit nettement, le rachat record deviendra une dépense engagée au plus haut du cycle.

Chiffre d'affaires annuel de Nvidia sur vingt exercices, multiplié par huit en quatre ans, avec les prévisions des analystes.
Le chiffre d'affaires annuel de Nvidia a été multiplié par huit en quatre exercices, et le consensus attend encore une forte hausse.Note : chiffre d'affaires annuel, exercices clos fin janvier ; les dernières barres sont des prévisions d'analystes.Source : comptes annuels de NVIDIA Corporation et consensus

Les données, en clair

Actifs corrélés

Suivez le cours et nos analyses pour chaque actif lié.

Actifs impactés

Données via Hyperview

À lire ensuite