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Spotify : Joe Rogan reste pour 250 millions de dollars, l'action 24,81% sous son sommet

Spotify : Joe Rogan reste pour 250 millions de dollars, l'action 24,81% sous son sommet

Publié par le 9 min de lecture
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Spotify (SPOT), la première plateforme mondiale d'écoute de musique et de podcasts, a renouvelé pour plusieurs années son accord avec Joe Rogan, estimé à 250 millions de dollars par Bloomberg. Mais le contrat pèse peu face aux 21,08 milliards de dollars de ventes annuelles, et l'enjeu du titre se joue sur ses marges.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNeutre
IntensitéFaible
Horizon6-12 mois
Ce que ça toucheChiffre d'affaires, qualité de la demande

Ce qui a été signé

Spotify a annoncé le 8 octobre le renouvellement de son partenariat avec Joe Rogan pour plusieurs années. Son émission, The Joe Rogan Experience, est le podcast le plus écouté aux États-Unis et le plus suivi de la plateforme. Bloomberg et le Wall Street Journal évaluent l'accord à environ 250 millions de dollars. Spotify n'a pas confirmé ce montant.

Spotify, c'est l'application sur laquelle des centaines de millions de personnes écoutent leur musique et leurs podcasts, gratuitement avec de la publicité ou en payant un abonnement. Le groupe suédois se rémunère des deux côtés, auprès des abonnés et auprès des annonceurs.

Les conditions resteraient proches de celles de l'accord précédent, signé en 2024. Celui-ci avait déjà mis fin à l'exclusivité. Depuis, l'émission est aussi diffusée sur YouTube, Apple et Amazon, et Spotify garde la main sur la commercialisation de la publicité et sur les droits de diffusion. Le renouvellement prolonge donc un modèle connu, il ne le change pas. Pour Spotify, l'enjeu est surtout de ne pas voir partir chez un concurrent l'émission qui attire le plus d'auditeurs vers ses podcasts. Garder l'émission compte davantage que son prix.

La source a une limite. Le montant vient de la presse, pas de la société, et la durée exacte du contrat n'est pas publiée. Il est donc impossible de dire combien coûte chaque année de l'accord.

Rapporté aux comptes, l'ordre de grandeur reste modeste. Même payés en une seule fois, 250 millions de dollars représenteraient environ 1,2% du chiffre d'affaires des douze derniers mois, qui atteint 21,08 milliards de dollars, et environ 2,3% de la trésorerie du groupe. Étalés sur plusieurs années, ils deviennent presque invisibles.

Chiffre d'affaires annuel de Spotify de 2015 à 2025, passé d'environ 2 à 17,2 milliards d'euros, avec les prévisions des analystes pour 2026 et 2027 en pointillé, autour de 19,5 puis 22,3 milliards.
Un chiffre d'affaires de 17,2 milliards d'euros en 2025, et environ 19,5 milliards attendus en 2026.Note : chiffre d'affaires annuel publié, en euros, la devise des comptes du groupe, puis prévisions des analystes en pointillé.Source : comptes de Spotify, consensus des analystes

Ce que le prix incorpore déjà

Un contrat de contenu agit sur deux lignes à la fois. Il rapporte de la publicité, puisque Spotify vend les espaces de l'émission, et il coûte des droits. Celui-ci ne déplace ni l'une ni l'autre de façon visible, mais il protège une source d'écoute que la concurrence aurait pu capter.

L'histoire du titre, elle, s'est écrite ailleurs. Spotify a longtemps perdu de l'argent, et il en gagne désormais beaucoup. Sa marge nette, la part des ventes qui reste en bénéfice une fois tout payé, atteint 18,44%, contre 3,88% pour la médiane des 93 sociétés de son sous-secteur du divertissement. Le groupe garde donc près de cinq fois plus de chaque dollar vendu que le divertissement moyen.

La croissance suit. Le chiffre d'affaires a progressé de 57,37% en cumul sur trois exercices, porté par la hausse du nombre d'abonnés et du prix des abonnements. Le podcast de Joe Rogan participe à cette fidélité, mais il n'en est qu'une pièce parmi d'autres.

La fin de l'exclusivité en 2024 a changé la nature de ces contrats. Spotify ne paie plus pour retenir les auditeurs chez lui, puisque l'émission est diffusée partout. Il paie pour vendre la publicité d'un programme écouté sur toutes les plateformes. Le contenu devient une source de revenus publicitaires plutôt qu'un outil pour garder ses abonnés, et c'est cette logique que le renouvellement prolonge.

Le Reverse-DCF, le calcul qui part du cours pour remonter à la croissance qu'il suppose, indique ce que le marché intègre. Au cours du 8 octobre, il suppose une progression du free cash flow, l'argent qui reste une fois payés le fonctionnement et les investissements, d'environ 9,4% par an pendant dix ans. C'est peu exigeant pour un groupe dont les ventes ont progressé de 16,64% par an sur cinq ans.

Autrement dit, le prix ne parie pas sur une accélération. Il suppose un ralentissement net, ce qui laisse de la marge en cas de bonne surprise sur les comptes. Le détail des ratios et la comparaison avec les 93 sociétés du sous-secteur permettent de mesurer cette marge sur chaque dimension.

Free cash flow annuel de Spotify de 2016 à 2025, sous 0,5 milliard d'euros jusqu'en 2022 puis à 2,3 et 2,9 milliards sur les deux derniers exercices.
Un free cash flow de 2,9 milliards d'euros en 2025, la grandeur que le cours projette à environ 9,4% par an.Note : flux de trésorerie disponible annuel, en euros, la devise des comptes du groupe.Source : comptes de Spotify

Ce que le marché en fait déjà

L'action Spotify a clôturé à 526,42 dollars le 8 octobre, en hausse de 2,63% sur la veille, à 512,92 dollars. Le renouvellement a donc été accueilli favorablement, sans transformer la tendance de fond. Le titre recule de 9,35% depuis le 1er janvier et reste 24,81% sous son plus haut des douze derniers mois, 700,12 dollars.

Ce recul ne vient pas du podcast. Il traduit les doutes du marché sur le rythme de progression des marges, après une année où le bénéfice a beaucoup monté. Le bénéfice par action attendu sur l'exercice a d'ailleurs été révisé en baisse de 4,06% en quatre-vingt-dix jours, et c'est cette révision, plus que l'émission de Joe Rogan, qui pèse sur le cours.

Les analystes restent majoritairement favorables. Sur les 40 qui suivent la valeur, 32 sont positifs, 8 neutres et aucun n'est négatif. Leur objectif de cours moyen ressort à environ 594 dollars à un horizon de douze mois, soit 12,92% au-dessus du cours. Cet objectif est celui du consensus.

Les montants en jeu se lisent aussi côté valeur boursière. Spotify vaut 108,38 milliards de dollars, et la hausse de 2,63% de la séance représente environ 2,8 milliards de dollars, plus de dix fois le montant estimé de l'accord. La séance a donc salué un signal plus qu'un chiffre.

L'écart entre ces avis et le parcours du titre dit l'essentiel. Les analystes jugent l'action trop basse, le marché attend des preuves. La séance du 8 octobre montre que les bonnes nouvelles sont encore récompensées, mais une bonne nouvelle sur un contrat de contenu ne suffit pas à rattraper un recul de près d'un quart depuis le sommet.

Cours de l'action Spotify sur deux ans, d'environ 380 dollars en octobre 2024 à un sommet vers 780 dollars mi-2025, puis à 526,42 dollars le 8 octobre 2026, avec l'objectif moyen des analystes à 594,46 dollars en pointillé.
Un titre qui reste loin de ses sommets, sous l'objectif moyen des analystes.Note : cours de clôture en dollars sur deux ans ; la ligne pointillée marque l'objectif moyen des analystes.Source : séances de la Bourse de New York, consensus des analystes

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication des résultats du troisième trimestre, le 22 octobre. L'indicateur à surveiller est la marge, plus que les abonnés. Les analystes attendent environ 4,99 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur le trimestre, en hausse de 16,7% sur un an.

Dans le scénario favorable, la marge nette se maintient près de ses 18,44% sur douze mois et la croissance reste au-dessus de 15% par an. Le PER, le nombre d'années de bénéfice que le marché accepte de payer, de 32,85 fois, contre 22,37 pour la médiane du sous-secteur, redevient celui d'une plateforme dont les profits progressent avec ses ventes. Dans le scénario défavorable, les coûts de contenu et de marketing remontent, la marge recule, et le titre perd l'argument d'une rentabilité enfin acquise.

Tant que la marge nette reste proche de 18% et que les ventes progressent de plus de 15% par an, un cours qui ne suppose qu'environ 9,4% de croissance annuelle reste prudent. Si la marge recule le 22 octobre, le même cours devient celui d'une plateforme dont la rentabilité n'est pas encore stabilisée. Reste à savoir si le prix rémunère déjà ce risque, et l'analyse complète le chiffre.

Marge nette annuelle de Spotify de 2015 à 2025, négative jusqu'en 2023 puis positive en 2024 et 2025, et 18,44% sur les douze derniers mois.
Une marge nette de 18,44% sur douze mois, après dix ans de pertes ou de marges proches de zéro.Note : bénéfice net divisé par le chiffre d'affaires, par exercice puis sur douze mois glissants.Source : comptes de Spotify

Les données, en clair

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