Circle Internet Group (CRCL), l'émetteur américain du stablecoin USDC, voit Samsung Wallet en faire son dollar numérique par défaut pour 82 millions de téléphones Galaxy aux États-Unis. Mais c'est Coinbase, et non Circle, qui conservera les soldes des utilisateurs.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Positif |
| Intensité | Faible |
| Horizon | 6-12 mois |
| Ce que ça touche | Chiffre d'affaires, Partage de la valeur |
Ce qui a été annoncé
Samsung et Coinbase ont annoncé jeudi 8 octobre que l'USDC deviendra le stablecoin par défaut de Samsung Wallet, le portefeuille installé sur les téléphones Galaxy, à partir de la dernière semaine d'octobre aux États-Unis, rapporte Seeking Alpha. Les soldes seront conservés par Coinbase Prime, avec le prestataire Bastion, et circuleront sur les blockchains Solana et Sui.
Circle, c'est l'entreprise qui émet l'USDC, un stablecoin, c'est-à-dire un dollar numérique qui vaut toujours un dollar et s'envoie en quelques secondes d'un téléphone à l'autre, sans passer par une banque.
Le dispositif concerne 82 millions de terminaux Galaxy compatibles aux États-Unis, selon Journal du Coin. Les utilisateurs pourront envoyer des USDC vers d'autres portefeuilles sans frais facturés par Samsung, et virer de l'argent vers des comptes bancaires dans plus de 60 pays, dans la monnaie locale. « Envoyer de l'argent à l'étranger devrait être aussi simple que d'utiliser le portefeuille déjà présent sur votre téléphone », résume Woncheol Chai, vice-président exécutif chargé du portefeuille numérique de Samsung, cité par The Crypto Times.
L'annonce concrétise une promesse de juillet. Lors de sa présentation Galaxy Unpacked, Samsung avait montré une démonstration de compte USDC sans donner ni date ni partenaire. Les deux sont désormais connus. Le partenariat prolonge aussi une relation déjà ancienne entre Samsung et Coinbase, qui accepte Samsung Pay depuis juillet 2025 et propose depuis octobre 2025 ses avantages Coinbase One aux utilisateurs de Galaxy, rappelle Seeking Alpha.
Les limites de l'annonce comptent autant que son contenu. Aucun objectif de volume n'a été communiqué, et Circle n'apparaît pas comme partie prenante de l'accord dans les annonces relayées par la presse. L'extension du service à d'autres pays que les États-Unis dépendra, selon Samsung, des autorisations accordées par les régulateurs.

Ce que le prix incorpore déjà
Circle gagne de l'argent d'une façon simple. Chaque USDC en circulation est adossé à un dollar placé en titres d'État et en dépôts, et Circle encaisse les intérêts de ces réserves. Au deuxième trimestre 2026, ce revenu des réserves représentait plus de 95% du chiffre d'affaires, qui atteignait 701,3 millions de dollars. Plus d'USDC en circulation, c'est donc mécaniquement plus de revenus, à taux d'intérêt constant.
Le piège est dans le partage. Circle reverse une grande part de ces intérêts aux plateformes qui distribuent l'USDC, et la première d'entre elles est Coinbase. Selon l'accord publié lors de l'introduction en Bourse de Circle, Coinbase reçoit 100% du revenu des réserves sur l'USDC détenu sur sa propre plateforme, et la moitié du reste. Cet accord a été prolongé jusqu'en 2029. Ni Circle ni Coinbase n'ont précisé si les soldes de Samsung Wallet, conservés par Coinbase Prime, entreraient dans la première catégorie.
Ce partage se lit dans les comptes. La marge brute de Circle n'est que de 18,38%, contre 52,66% pour la médiane des 331 sociétés de son sous-secteur du logiciel. Sur 100 dollars de revenus, Circle n'en garde qu'un peu plus de 18 une fois payés ses distributeurs, quand un éditeur de logiciels médian en garde plus de la moitié.
Le marché, lui, paie une croissance durable. L'action se paie 74,31 fois les bénéfices attendus cette année, contre 18,66 fois pour la médiane du sous-secteur. Le free cash flow, la trésorerie qui reste une fois payées les dépenses courantes et les investissements, permet de lire la même attente autrement. Au cours du 8 octobre, le prix suppose que ce flux progresse de 8,78% par an pendant dix ans. Le cours ne parie donc pas sur une explosion, mais sur une progression régulière, qui exige à la fois plus d'USDC en circulation et des taux d'intérêt qui ne s'effondrent pas.
Pour un investisseur particulier, l'enjeu se résume ainsi. Samsung Wallet ouvre une porte d'entrée vers l'USDC à une échelle que peu d'acteurs peuvent offrir, mais la valeur de cette porte pour Circle dépend de qui garde les intérêts. Un USDC qui dort chez Coinbase gonfle le volume en circulation sans forcément gonfler la marge de Circle.
L'analyse complète de Circle confronte cette attente à la rentabilité et au bilan du groupe, dimension par dimension.

Ce que le marché en fait déjà
L'action Circle cotait 79,73 dollars vers 10h06 à New York ce jeudi 8 octobre, soit 16h06 à Paris, en baisse de 1,37% face à la clôture de la veille, à 80,84 dollars. L'annonce n'a donc pas déclenché d'achats massifs dans les premières minutes de la séance new-yorkaise.
Le titre porte un lourd passé récent. Il a perdu 46,95% en un an et reste 50% sous son plus haut des douze derniers mois, à 159,47 dollars. Sur la même période, l'action médiane de son sous-secteur du logiciel a reculé de 22,08%. Le marché a donc déjà fortement révisé ce qu'il était prêt à payer pour Circle, et une annonce de distribution, même spectaculaire, ne suffit pas à inverser ce mouvement en une séance.
Cette retenue a une explication. Le revenu de Circle dépend de deux variables que Samsung ne contrôle pas, le niveau des taux d'intérêt et la part des intérêts reversée aux distributeurs. Le chiffre d'affaires du deuxième trimestre n'a progressé que de 6,57% sur un an, un rythme modeste pour une valeur qui se paie aussi cher. Le marché lit aussi l'annonce à travers Coinbase, qui détient une participation minoritaire au capital de Circle depuis la refonte de leur accord en 2023 et reste son premier distributeur. Chaque gain de Coinbase sur l'USDC ne se traduit donc pas à l'identique chez Circle.
Sur les 29 analystes qui suivent la valeur, 15 sont positifs, 11 neutres et 3 négatifs. Leur objectif moyen, environ 106 dollars, laisse près d'un tiers de potentiel face au cours. Les cibles vont pourtant de 37 à 243 dollars. Un objectif de cours est une projection à douze mois, et sur un dossier aussi dépendant des taux, une fourchette aussi large dit surtout que les analystes ne s'accordent pas sur ce que vaut un USDC en circulation.

Le point de bascule
Le prochain rendez-vous tombe le 4 novembre, avec les comptes du troisième trimestre. Le lancement de Samsung Wallet arrivant fin octobre, il n'y pèsera pas encore. Les chiffres à surveiller sont le chiffre d'affaires, que les analystes attendent autour de 787 millions de dollars, et la marge brute, qui dit quelle part des revenus reste chez Circle.
Scénario favorable, la marge brute remonte au-dessus des 18,38% actuels pendant que l'USDC gagne en circulation, signe que les nouveaux canaux comme Samsung Wallet rapportent à Circle et pas seulement à ses distributeurs. Le multiple élevé devient alors le prix d'une croissance qui se convertit en bénéfice.
Scénario défavorable, le volume progresse mais la marge brute recule encore, parce que la croissance passe par des plateformes qui gardent la plus grande part des intérêts. La baisse des taux pèserait dans le même sens. Le multiple de 74,31 fois les bénéfices attendus redevient alors le prix d'une croissance dont un autre profite.
Tant que la marge brute de Circle se tient au moins à 18,38% pendant que l'USDC en circulation progresse, chaque nouveau canal de distribution renforce le dossier. Si elle recule à nouveau au troisième trimestre, Samsung Wallet profitera d'abord à Coinbase. Ce que vaut l'action entre ces deux lectures se chiffre dans l'analyse complète.

Les données, en clair
- Stablecoin : un actif numérique dont la valeur est fixée sur une monnaie, ici le dollar, et adossé à des réserves. L'USDC est émis par Circle.
- Revenu des réserves : les intérêts que Circle encaisse sur les titres d'État et les dépôts qui garantissent l'USDC. Plus de 95% du chiffre d'affaires de Circle au deuxième trimestre 2026.
- Marge brute : la part du chiffre d'affaires qui reste une fois payés les coûts directs, ici surtout les reversements aux distributeurs. Circle : 18,38% sur douze mois glissants, contre 52,66% pour la médiane de son sous-secteur (331 sociétés).
- PER anticipé : le cours divisé par le bénéfice par action attendu par les analystes. Circle : 74,31 fois les bénéfices attendus pour 2026, contre 18,66 pour la médiane de son sous-secteur.
- Free cash flow : la trésorerie qui reste une fois payées les dépenses courantes et les investissements. Circle : 761,15 millions de dollars sur douze mois glissants.
- Croissance implicite : la croissance annuelle du free cash flow que le cours suppose sur dix ans. Circle : 8,78% par an au 8 octobre 2026.
- Objectif de cours du consensus : la moyenne des cibles publiées par les analystes. Circle : 105,64 dollars, de 37 à 243 dollars.






