Robinhood Markets (HOOD), le courtier américain aux 28 millions de comptes, a acheté pour la première fois du bitcoin pour son propre bilan, à hauteur de 25 millions de dollars. Mais ses revenus crypto ont reculé de 38% au deuxième trimestre, à 100 millions de dollars.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Neutre |
| Intensité | Faible |
| Horizon | Immédiat |
| Ce que ça touche | Bilan, perception |
Ce qui a été annoncé
Johann Kerbrat, directeur général des activités crypto et internationales de Robinhood, a annoncé mercredi 7 octobre, dans une interview au média spécialisé The Block, que le groupe avait ajouté 25 millions de dollars de bitcoin à son bilan. C'est la première fois que la société achète du bitcoin pour son propre compte, et non pour celui de ses clients. Le nombre de bitcoins acquis n'a pas été communiqué. L'interview a été diffusée avant l'ouverture de Wall Street.
Robinhood, c'est l'application qui a popularisé le courtage sans commission aux États-Unis, l'équivalent américain de Trade Republic, sur laquelle des millions de particuliers achètent des actions, des options et des cryptomonnaies depuis leur téléphone.
La décision tranche avec la prudence affichée il y a près d'un an. Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre 2025, le directeur général Vlad Tenev expliquait que la société y réfléchissait encore, selon Bitcoin Magazine. Johann Kerbrat présente l'achat comme un signal adressé à la communauté crypto plutôt que comme le début d'un programme de trésorerie, et le relie aux autres projets du groupe, dont sa blockchain Robinhood Chain, analysée ici.
Rapporté au groupe, le montant reste modeste. Selon The Block, le dirigeant a lui-même estimé que ces 25 millions ne changeraient pas grand-chose à la trajectoire d'une entreprise valorisée autour de 100 milliards de dollars. Ils de dollars représentent environ 0,4% des 5,89 milliards de dollars de trésorerie de Robinhood, et à peu près quatre jours de bénéfice net au rythme des douze derniers mois. Sur la même période, le groupe a consacré environ 35 fois plus, 871 millions de dollars, au rachat de ses propres actions.

Le bitcoin pèse plus dans les commissions que dans le bilan
Pour Robinhood, l'exposition au bitcoin passe surtout par l'activité de ses clients. Quand les cryptomonnaies montent et s'échangent beaucoup, le courtier encaisse davantage de revenus sur les transactions. Le bilan, lui, ne porte désormais qu'une ligne de 25 millions de dollars. Robinhood garde aussi les cryptomonnaies de ses clients, mais ces avoirs leur appartiennent et ne comptent pas parmi ses propres actifs.
Cette activité a reculé. Au deuxième trimestre, les revenus tirés des cryptomonnaies sont tombés à 100 millions de dollars, en baisse de 38% sur un an, selon le communiqué de résultats du 30 juillet. Ils ne pèsent plus qu'environ 7,6% du chiffre d'affaires trimestriel de 1 308 millions de dollars. Un an plus tôt, au troisième trimestre 2025, ces revenus avaient au contraire atteint 268 millions de dollars, selon Bitcoin Magazine, ce qui montre à quel point ils suivent le cycle des cryptomonnaies. Les contrats événementiels, des paris sur l'issue d'élections ou de matchs, les ont même dépassés, avec 156 millions de dollars.
Le groupe reste très rentable malgré ce recul. La marge nette, ce qui reste des ventes une fois toutes les charges payées, atteint 41,43%, contre 24,61% pour la médiane des 193 courtiers et banques d'investissement de son sous-secteur. Sur 100 dollars de revenus, Robinhood garde environ 41 dollars de bénéfice net, nettement plus que le courtier médian.
Les outils habituels de l'analyse s'appliquent mal à un courtier. Ses flux de trésorerie et sa dette intègrent l'argent et les financements de ses clients, ce qui les rend trompeurs. Le free cash flow, la trésorerie qui reste une fois réglées les dépenses d'exploitation et les investissements, ressort ainsi négatif alors que le groupe est bénéficiaire. Le repère retenu est donc le prix payé pour les bénéfices.
Le PER, le nombre d'années de bénéfices que coûte l'action, atteint 49,60 fois, contre 13,00 pour la médiane du sous-secteur, soit près de quatre fois le multiple du courtier médian. Face à sa propre histoire, ce PER se situe au milieu de sa fourchette des cinq dernières années, plus cher que 60% du temps. Le marché paie donc une croissance rapide, bien plus qu'une exposition au bitcoin. La comparaison détaillée avec les 193 sociétés du sous-secteur permet de mesurer ce que ce multiple exige.

Une séance en baisse, sur un titre encore loin de son sommet
L'action Robinhood a clôturé mardi 6 octobre à 112,00 dollars sur le Nasdaq, en recul de 1,85% sur la séance. Mercredi, vers 10h à New York, quelques minutes après l'ouverture, elle cédait 3,22% à 108,39 dollars. L'annonce n'a donc pas porté le titre à l'ouverture.
Sur un an, l'action recule de 26,80%, et de 3,01% depuis le 1er janvier. Elle cote 27,06% sous son plus haut des douze derniers mois, 153,56 dollars. Elle évolue en revanche 18,79% au-dessus de sa moyenne des 200 dernières séances, à 94,28 dollars. Son RSI, un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations, ressort à 48,74, au milieu de l'échelle.
Sur deux ans, le parcours reste spectaculaire. L'action valait 25,61 dollars le 8 octobre 2024, et elle a été multipliée par plus de quatre depuis, après un sommet de clôture à 152,46 dollars le 9 octobre 2025.
La réaction du marché est cohérente avec la taille de l'achat. Un montant égal à environ un quatre-millième de la valeur en Bourse ne déplace pas le prix d'une société de 100,70 milliards de dollars. Ce qui le déplace, ce sont les volumes échangés par les clients sur les actions, les options et les cryptomonnaies, et la prochaine publication dira s'ils se sont repris.
Les analystes restent majoritairement favorables. Sur les 30 qui suivent la valeur, 24 sont positifs, 4 neutres et 2 négatifs. Leur objectif de cours moyen ressort à environ 133 dollars, selon le consensus, avec des estimations très dispersées, de 57 à 170 dollars. Elles vont donc presque du simple au triple, signe d'une vraie incertitude sur la durée de la croissance.

Le point de bascule
Robinhood publiera ses résultats du troisième trimestre le 27 octobre. L'indicateur à suivre est le bénéfice par action, la part du bénéfice net qui revient à chaque action. Il a atteint 0,62 dollar au deuxième trimestre, contre 0,42 dollar un an plus tôt. Le consensus attend environ 2,55 dollars sur l'exercice 2026, alors que les deux premiers trimestres en ont apporté 1,00. Les revenus crypto du trimestre diront aussi si le recul du printemps se prolonge.
Dans le scénario favorable, le bénéfice par action du troisième trimestre dépasse les 0,61 dollar publiés un an plus tôt et se rapproche du rythme d'environ 0,78 dollar par trimestre que suppose le consensus. Le multiple élevé s'appuierait alors sur des bénéfices qui continuent de progresser.
Dans le scénario défavorable, il reste sous 0,61 dollar. Un titre payé 49,60 fois ses bénéfices serait alors jugé sur une croissance qui ralentit, quelle que soit la ligne de bitcoin au bilan.
Tant que le bénéfice par action trimestriel reste au-dessus des 0,61 dollar de l'an dernier, l'achat de bitcoin reste un signal adressé à la clientèle crypto. S'il passe en dessous, la question devient celle du prix payé pour un courtier dont l'activité ralentit.

Les données, en clair
- Bitcoin au bilan : du bitcoin détenu par l'entreprise pour son propre compte, distinct de celui de ses clients. Robinhood : 25 millions de dollars, premier achat annoncé le 7 octobre 2026 par Johann Kerbrat, selon The Block.
- Revenus crypto : les revenus que le courtier tire des transactions de ses clients sur les cryptomonnaies. Robinhood : 100 millions de dollars au deuxième trimestre 2026, en baisse de 38% sur un an, selon le communiqué du 30 juillet 2026.
- Contrats événementiels : des contrats qui permettent de miser sur l'issue d'un événement, comme une élection ou un match. Robinhood : 156 millions de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026.
- Marge nette : le bénéfice net divisé par le chiffre d'affaires. Robinhood : 41,43% sur douze mois, contre 24,61% pour la médiane de son sous-secteur (193 sociétés), au 7 octobre 2026.
- Free cash flow : la trésorerie qui reste une fois réglées les dépenses d'exploitation et les investissements. Chez un courtier, il intègre les mouvements liés aux clients et ne mesure pas la rentabilité propre du groupe.
- PER : le cours divisé par le bénéfice par action des douze derniers mois. Robinhood : 49,60 fois, contre 13,00 pour la médiane du sous-secteur, au 7 octobre 2026.
- Bénéfice par action : le bénéfice net divisé par le nombre d'actions. Robinhood : 0,62 dollar au deuxième trimestre 2026, contre 0,42 dollar un an plus tôt et 0,61 dollar au troisième trimestre 2025.
- Moyenne mobile sur 200 séances : la moyenne des cours de clôture des 200 dernières séances. Robinhood : 94,28 dollars, au 7 octobre 2026.
- RSI : un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations du cours. Robinhood : 48,74 au 7 octobre 2026.
- Consensus : la moyenne des prévisions des analystes qui suivent la valeur. Robinhood : 30 analystes, objectif de cours moyen de 133,36 dollars, au 7 octobre 2026.






