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Éconduit par trois opérateurs à 100 millions d'abonnés, SpaceX se tourne vers Boost Mobile

Éconduit par trois opérateurs à 100 millions d'abonnés, SpaceX se tourne vers Boost Mobile

Publié par le 8 min de lecture
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SpaceX (SPCX), la société spatiale d'Elon Musk, discuterait du rachat de l'opérateur mobile américain Boost Mobile, selon le Washington Post. Mais Boost loue lui-même son réseau à AT&T et à T-Mobile, deux des trois géants qui viennent de refuser leur capacité à SpaceX.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNon statuable
IntensitéFaible
HorizonStructurel
Ce que ça touchePerception, avantage concurrentiel

Ce que rapporte le Washington Post

Le Washington Post a révélé lundi 2 novembre que SpaceX discute avec EchoStar, la maison mère de Boost Mobile, de deux options. La première serait un rachat pur et simple de l'opérateur, la seconde un accès à son réseau pour les clients de Starlink. Elon Musk a rencontré en octobre Charlie Ergen, le président d'EchoStar, selon deux personnes au fait des discussions citées par le quotidien.

Ni SpaceX ni EchoStar n'ont commenté ces informations, dont aucun prix ni calendrier n'a filtré. Rien ne garantit donc que les discussions aboutissent, ce qui fait de cette nouvelle une rumeur au sens strict.

SpaceX est connue pour ses fusées réutilisables Falcon 9 et pour Starlink, l'Internet par satellite capté avec une petite antenne posée sur un toit. Boost Mobile vend de son côté des forfaits de téléphone aux États-Unis, sur le modèle des opérateurs dits virtuels qui revendent l'accès à un réseau qu'ils louent.

Avant de se tourner vers EchoStar, Elon Musk avait sollicité les trois grands opérateurs américains pour leur acheter de la capacité. Verizon, AT&T et T-Mobile US ont tous les trois refusé, selon le quotidien. Chacun compte plus de 100 millions d'abonnés, contre environ 7,5 millions de clients pour EchoStar entre Boost Mobile et sa seconde marque, Gen Mobile.

Le point délicat tient au réseau de Boost, qui s'appuie sur de la capacité louée à AT&T et à T-Mobile. Ces baux ne se transfèrent en général pas à un nouveau propriétaire sans l'accord de l'opérateur hôte, selon les sources du Washington Post. Racheter Boost pourrait donc revenir à demander la permission aux deux sociétés qui viennent de dire non à SpaceX.

Chiffre d'affaires annuel de SpaceX de 2023 à 2025, sous 20 milliards de dollars, puis les prévisions des analystes autour de 49 milliards en 2026 et 180 milliards en 2027.
Les analystes attendent un chiffre d'affaires multiplié par plus de trois entre cette année et 2027.Note : 2026 et 2027 sont des prévisions d'analystes.Source : comptes publiés de la société, consensus des analystes

Le réseau au sol qui manquait

L'article publié le 11 octobre sur le projet d'opérateur mobile de SpaceX pointait déjà cette pièce manquante. Les satellites joignent directement un téléphone mais transportent peu de données et passent mal à l'intérieur des bâtiments. Sans réseau au sol, Starlink ne peut pas absorber le trafic d'une grande ville.

Construire ce réseau coûterait plus de 80 milliards de dollars et plusieurs années, selon Gregory Williams, analyste chez TD Cowen, qui juge le rachat d'un opérateur virtuel plus rapide et moins cher. Le patron de Verizon parle de quatre à six ans de travaux, Elon Musk de deux fois moins.

Les fréquences achetées à EchoStar en 2025 pour environ 17 milliards de dollars donnent déjà à SpaceX le droit d'émettre vers les téléphones américains. Une reprise de Boost prolongerait donc une relation commerciale engagée avec le même vendeur, cette fois pour récupérer des clients plutôt que des ondes.

SpaceX dispose de 90,41 milliards de dollars de trésorerie pour 39,22 milliards de dettes, soit 51,19 milliards de plus en caisse qu'elle ne doit. Le rachat d'un opérateur virtuel tient largement dans ce coussin. La construction d'un réseau complet en absorberait l'essentiel.

Le choix entre racheter et louer touche ensuite la marge brute, la part des ventes qui reste une fois payé le coût direct du service. Elle atteint 56,42% chez SpaceX contre 26,7% pour la société type de son sous-secteur, celui des opérateurs de télécommunications alternatifs. Chaque client servi sur le réseau loué d'un concurrent laisserait une partie de ce revenu au propriétaire des antennes.

Une fois toutes les dépenses payées, la marge nette ressort à 5,62% sur douze mois, soit environ 5,6 dollars de bénéfice pour 100 dollars de ventes. Elle dépasse les 3,39% de la société type du sous-secteur mais reste mince. Elle était encore négative sur l'exercice 2025.

Le cours incorpore déjà un changement d'échelle, puisque SpaceX se paie 39,03 fois les bénéfices attendus sur douze mois contre 32,34 fois pour la médiane des 25 sociétés de son sous-secteur. Les analystes attendent environ 49 milliards de dollars de chiffre d'affaires cette année puis environ 180 milliards en 2027, contre 32,04 milliards sur les douze derniers mois.

Cette prévision mélange les fusées, Starlink, le calcul pour l'intelligence artificielle et le futur métier d'opérateur, sans détailler la part de chacun. Les estimations pour 2027 vont de 71,7 à 290,1 milliards de dollars, une fourchette qui montre à quel point le scénario reste ouvert. Le rapport de SpaceX compare sa valorisation à celle des opérateurs de télécommunications.

Marge nette annuelle de SpaceX, très négative en 2023, proche de zéro en 2024, négative en 2025, puis 5,62% sur les douze derniers mois.
La marge nette est repassée au-dessus de zéro sur les douze derniers mois.Source : comptes publiés de la société

Ce que la Bourse en a déjà fait

L'action SpaceX a terminé la séance du lundi 2 novembre à 136,37 dollars, en hausse de 1,22%. Elle avait perdu 6,37% lors de la séance précédente, le vendredi 30 octobre. La rumeur n'a donc effacé qu'une petite partie de cette baisse.

La réaction des opérateurs tranche avec celle du 9 octobre, quand l'annonce du projet de SpaceX avait effacé environ 60 milliards de dollars de leur valeur boursière. Lundi, T-Mobile US a gagné 2,37%, Verizon 0,72% et AT&T 0,14%. Une offre bâtie sur un réseau loué à AT&T et à T-Mobile ferait de SpaceX un client de ces opérateurs autant qu'un concurrent.

Le recul le plus net est venu d'AST SpaceMobile, qui veut lui aussi relier directement les téléphones aux satellites et a perdu 11,33% en une séance. EchoStar a fini en hausse de 1,33% après avoir pris environ 4% en début de séance.

Sur les 39 analystes qui suivent SpaceX, 31 sont positifs, 6 neutres et 2 négatifs. Leur objectif de cours moyen se situe autour de 257 dollars, dans une fourchette de 70 à 800 dollars. Entre l'estimation la plus basse et la plus haute, l'écart dépasse un facteur dix.

Depuis son entrée en Bourse le 12 juin, où il avait clôturé à 160,95 dollars, le titre a perdu 15,27%. Les investisseurs paient donc aujourd'hui moins cher qu'au premier jour une société dont les prévisions de chiffre d'affaires ont pourtant gagné un client de taille avec le contrat d'Anthropic.

Cours de SpaceX depuis son entrée en Bourse en juin 2026, à 136,37 dollars le 2 novembre, avec l'objectif moyen des analystes en pointillés.
Le titre évolue sous son premier cours de clôture de juin et loin de l'objectif moyen des analystes.Source : cours de Bourse, consensus des analystes

Le point de bascule

Le prochain signal viendra d'une annonce officielle de SpaceX ou d'EchoStar, qui transformerait la rumeur en opération chiffrée. Le chiffre à suivre sera alors le prix payé face aux 51,19 milliards de trésorerie nette, puis la réponse d'AT&T et de T-Mobile sur le transfert de leurs baux.

Le calendrier fixé par Bret Johnsen, le directeur financier de SpaceX, sert de repère pour juger la vitesse du projet. Il vise une 5G complète au premier semestre 2028, directement sur les téléphones, contre fin 2027 auparavant.

Tant que SpaceX obtient un accès au sol sans dépendre du bon vouloir de ses concurrents, la piste Boost lui ouvre environ 7,5 millions de clients d'un coup et raccourcit le chemin vers ce calendrier. Les quelque 180 milliards de chiffre d'affaires attendus en 2027 gagneraient alors une source de revenus récurrents, portée par des abonnés qui paient chaque mois.

Si AT&T et T-Mobile refusent le transfert de leurs baux, Boost n'apporterait qu'une marque et une base de clients sans réseau garanti. SpaceX devrait alors construire ses antennes pour plus de 80 milliards de dollars selon TD Cowen, une facture proche de ses 90,41 milliards de trésorerie au moment où son action se paie déjà 39,03 fois les bénéfices attendus.

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