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SpaceX veut devenir opérateur mobile, près de 60 milliards de dollars effacés chez ses rivaux

SpaceX veut devenir opérateur mobile, près de 60 milliards de dollars effacés chez ses rivaux

Publié par le 9 min de lecture
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SpaceX (SPCX), la société spatiale d'Elon Musk, veut devenir opérateur mobile et a fait perdre près de 60 milliards de dollars aux géants américains des télécoms en une séance. Mais son action n'a gagné que 1,25% le même jour, car le réseau qui doit porter ce pari reste à construire.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionPositif
IntensitéModérée
HorizonStructurel
Ce que ça toucheBilan, structure de financement

Starlink devient opérateur

SpaceX a annoncé le 8 octobre un accord pour racheter au fonds Grain Management des fréquences mobiles qui couvrent tout le territoire américain, dans la bande des 800 MHz. Le prix n'a pas été communiqué. Le Wall Street Journal l'évalue à environ 8 milliards de dollars, payés en numéraire, et l'opération doit encore être validée par le régulateur américain des télécommunications.

SpaceX, ce sont les fusées Falcon 9 qui envoient satellites et astronautes en orbite, mais aussi Starlink, le service qui apporte Internet par satellite là où la fibre n'arrive pas, ainsi que l'assistant d'intelligence artificielle Grok et le réseau social X, réunis dans sa branche IA.

Ces fréquences ont une histoire. Elles appartenaient à Sprint, et T-Mobile a dû les céder pour obtenir le feu vert à leur fusion. Grain Management les lui avait rachetées en août. T-Mobile a donc vendu les fréquences qui vont servir à le concurrencer.

Ce sont des fréquences basses. Elles portent loin et traversent les murs, ce qui apporte à Starlink la couverture à l'intérieur des bâtiments qui lui manquait. Elles complètent celles rachetées en 2025 à EchoStar pour environ 17 milliards de dollars. Bret Johnsen, le directeur financier de SpaceX, vise désormais une 5G complète au premier semestre 2028, directement sur les téléphones, contre fin 2027 auparavant.

Rapporté à la société, le montant reste mesuré. Environ 8 milliards de dollars, c'est environ 8% de la trésorerie de SpaceX, qui atteint 100,22 milliards de dollars, ou à peine plus qu'un trimestre de chiffre d'affaires, à 7 814 millions de dollars au deuxième trimestre.

Deux produits Starlink

Le nom Starlink recouvre deux services très différents, et l'annonce ne concerne que le second.

Starlink Internet relie une parabole posée sur le toit à des satellites en orbite basse. Le Wifi prend ensuite le relais dans la maison. Ce service remplace la fibre là où elle manque, dans les campagnes ou sur les bateaux, et c'est lui qui a fait connaître la marque.

Direct to Cell parle à un téléphone normal, sans parabole, en utilisant des fréquences mobiles. C'est techniquement bien plus difficile, car l'antenne d'un téléphone est minuscule et le satellite très loin. Aujourd'hui, ce service ne sert qu'aux SMS et à un peu de données, en option chez les opérateurs américains. C'est sur lui que SpaceX bâtit son offre d'opérateur.

Le réseau au sol contourné

Un opérateur classique achète ses fréquences à l'État, puis passe par des pylônes et des antennes pour joindre chaque téléphone. C'est ce réseau au sol, financé à coups de milliards pendant des décennies, qui protégeait les opérateurs, car un nouvel entrant devait le reconstruire avant de vendre un seul forfait.

Le satellite, lui, joint directement le téléphone, sans passer par les pylônes ni par les antennes au sol. Il ne supprime pas l'avantage des opérateurs en place, mais il en contourne une partie. C'est cette brèche qui a fait chuter les opérateurs en Bourse.

Schéma de la chaîne des télécoms : l'État vend les fréquences aux opérateurs mobiles, qui passent par les pylônes et les antennes pour joindre le téléphone, tandis que les opérateurs satellite le joignent directement.
Le satellite arrive au téléphone sans passer par les pylônes ni les antennes au sol.Source : Upside

Ce que le prix de SpaceX incorpore déjà

Le rachat passe par le bilan, et c'est là que SpaceX est le plus à l'aise. Depuis son entrée en Bourse en juin, la société dispose de 100,22 milliards de dollars de trésorerie pour 39,71 milliards de dette. Sa trésorerie couvre donc 252,39% de sa dette, ce qui veut dire qu'elle détient deux fois et demie ce qu'elle doit. Elle peut payer ses fréquences sans emprunter.

Le point sensible, lui, est le prix de l'action. SpaceX se paie 78,38 fois les bénéfices attendus en 2027, contre 38,09 fois pour une société typique de son sous-secteur, celui des opérateurs de télécommunications alternatifs. Autrement dit, chaque dollar de bénéfice futur de SpaceX se paie plus du double que chez un concurrent comparable, alors que ces bénéfices n'existent pas encore. La société a perdu 541 millions de dollars au deuxième trimestre.

Ce prix suppose que les investissements portent leurs fruits. Or le consensus des analystes attend environ 163 milliards de dollars d'investissements en 2027, soit plus que toute la trésorerie actuelle. Le mobile s'ajoute à cette facture, et c'est là que le pari pèse. Si SpaceX doit construire un réseau au sol, la note grimpe encore.

Le prix de SpaceX ne peut pas encore se comparer à l'argent qu'elle génère, puisqu'elle en dépense plus qu'elle n'en gagne, et son histoire en Bourse ne remonte qu'à juin. Le marché paie la croissance des prochaines années, pas les comptes actuels. La fiche de SpaceX détaille sa valorisation face aux 28 sociétés de son sous-secteur.

Ratio trésorerie sur dette totale de SpaceX, passé d'environ 100% fin 2025 à 252,39% aujourd'hui.
Depuis l'introduction en Bourse, la trésorerie couvre deux fois et demie la dette.Source : syndicate, données Capital IQ

Les opérateurs plongent

Le marché a réagi dès la séance du vendredi 9 octobre. T-Mobile US a perdu 13,27%, AT&T 10,82% et Verizon 10,14%, soit environ 60 milliards de dollars de valeur boursière effacés chez les opérateurs américains.

L'Europe a suivi. Deutsche Telekom a cédé 7,94% à Francfort, car le groupe contrôle T-Mobile US et se trouve donc exposé au marché que vise Starlink. Vodafone a perdu 4,86% et Telefonica 4,61%. Orange a reculé de 2,50% alors qu'il n'a aucun réseau mobile aux États-Unis. Le marché a vendu un secteur entier avant de faire le tri.

Graphique en barres des variations de la séance du 9 octobre 2026 : T-Mobile US -13,27%, AT&T -10,82%, Verizon -10,14%, Deutsche Telekom -7,94%, Vodafone -4,86%, Telefonica -4,61%, Orange -2,50%.
Les opérateurs américains reculent de plus de 10%, l'Europe suit.Source : clôtures du 9 octobre 2026, Yahoo Finance

Les pylônes s'envolent

Les propriétaires de pylônes ont fait l'inverse. Crown Castle a pris 15,6%, American Tower 9,3% et SBA 7,34%. Le marché s'attend à ce que SpaceX loue des emplacements sur leurs tours plutôt que de construire son propre réseau, ce qui leur apporterait un nouveau locataire.

L'action SpaceX, elle, n'a gagné que 1,25% vendredi, à 162,57 dollars à la clôture. Elle cote quasiment au niveau de sa première clôture du 12 juin, à 160,95 dollars, après être montée à 201,80 dollars quatre jours plus tard puis descendue à 108,27 dollars début août.

Les analystes restent majoritairement favorables. Sur les 38 qui suivent la valeur, 30 sont positifs, 5 neutres et 3 négatifs, et leur objectif de cours moyen se situe autour de 221 dollars. Leurs objectifs vont toutefois de 118 à 450 dollars, un écart qui montre à quel point la valeur de SpaceX dépend d'hypothèses lointaines, dont le succès du mobile.

Cours de l'action SpaceX depuis son introduction en Bourse en juin 2026, monté à 201,80 dollars, redescendu à 108,27 dollars en août puis remonté à 162,57 dollars.
Après un aller-retour violent, l'action est revenue à son niveau d'introduction.Source : syndicate, données Capital IQ

Une menace lente

La menace pour les opérateurs est réelle, mais lente. Les fréquences rachetées couvrent tout le territoire et transportent peu de données. Sans réseau au sol, Starlink ne peut pas absorber le trafic d'une grande ville, et ce réseau coûterait 50 à 130 milliards de dollars selon le cabinet Bernstein. La banque Citi n'attend aucun impact sur les comptes des opérateurs avant 2029. Le vrai risque pour eux porte sur les prix, car l'arrivée d'un quatrième acteur crédible suffit à faire baisser les tarifs.

Pour SpaceX, le prochain rendez-vous est la publication du troisième trimestre, attendue autour du 5 novembre, date encore estimée. L'autre calendrier est celui du régulateur, sans date connue.

Dans le scénario favorable, l'accord est validé vite, SpaceX loue des tours existantes plutôt que d'en bâtir, et le chiffre d'affaires atteint les quelque 45 milliards de dollars attendus pour 2026. Le mobile devient alors un relais de croissance financé par Starlink.

Dans le scénario défavorable, SpaceX doit financer seul un réseau au sol, qui s'ajoute aux quelque 163 milliards de dollars d'investissements attendus en 2027. La trésorerie ne suffirait plus et le pari se paierait en nouvelles levées de fonds.

Tant que le chiffre d'affaires suit le rythme d'environ 45 milliards de dollars attendu pour 2026, le mobile reste une option portée par la croissance de Starlink. Si la facture du réseau au sol vient s'ajouter aux investissements prévus, le multiple de 78,38 fois les bénéfices attendus devient bien plus difficile à tenir.

Les données, en clair

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