SpaceX (SPCX), la société spatiale d'Elon Musk, a publié lundi un chiffre d'affaires trimestriel de 14,58 milliards de dollars, en hausse de 161% sur un an. Mais elle a investi 19,59 milliards sur la période, et son patron vise déjà 500 à 1 000 milliards de revenu annuel fin 2027.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Positif |
| Intensité | Forte |
| Horizon | Immédiat |
| Ce que ça touche | Rentabilité, génération de trésorerie, attentes |
L'intelligence artificielle passe devant Starlink
SpaceX a publié ses comptes du troisième trimestre lundi 20 octobre après la clôture de Wall Street, dans un communiqué déposé auprès du gendarme boursier américain. Ce sont les comptes de la société, non audités, et l'appel avec les analystes a suivi en direct sur X.
SpaceX, ce sont les fusées Falcon 9 qui envoient satellites et astronautes en orbite et l'Internet par satellite Starlink. Depuis l'intégration de xAI, ce sont aussi l'assistant Grok et le réseau social X.
Le chiffre d'affaires atteint 14 575 millions de dollars, contre 5 576 millions un an plus tôt et 7 814 millions au trimestre précédent. Il a donc presque doublé en trois mois. La branche d'intelligence artificielle, que SpaceX appelle Super Intelligence, en apporte 7 560 millions, soit plus de la moitié du total. Elle vend surtout de la puissance de calcul louée à des entreprises et les logiciels de Cursor, racheté le 14 août, qui ont rapporté 608 millions depuis leur arrivée.
Starlink progresse de 69% sur un an, à 5 248 millions de dollars, avec 13,6 millions d'abonnés particuliers, contre 7,2 millions un an plus tôt. Chaque abonné paie en revanche moins cher, 69 dollars par mois contre 83. Les fusées restent stables, à 1 767 millions, mais Starship a réalisé son premier vol payant en emportant 26 satellites Starlink.
La direction a aussi présenté Grok Bot, un assistant d'IA qui exécute des tâches seul et en continu. Elle a annoncé Starbase Louisiane, une future base de lancement conçue pour des milliers de vols de Starship par an, avec un premier départ visé en 2029. Le carnet de commandes atteint 63 milliards de dollars, dont 42 milliards doivent se transformer en chiffre d'affaires dans les douze prochains mois.
Le groupe affiche un bénéfice net de 4 404 millions de dollars, contre une perte de 1 054 millions un an plus tôt. Une partie ne vient pas de l'activité, ce que montre le graphique de la section suivante.

Un bénéfice réel, une trésorerie qui part dans le calcul
Le canal de cette publication passe par la rentabilité. Le résultat d'exploitation, ce que rapporte l'activité avant les intérêts et les impôts, atteint 2 791 millions de dollars, contre une perte de 273 millions un an plus tôt. Le bénéfice net le dépasse de 1 613 millions grâce aux intérêts de la trésorerie, à des gains financiers et à un crédit d'impôt. L'activité seule dégage donc environ 19% de marge, encore loin du bénéfice affiché.
La direction met en avant un autre indicateur, l'EBITDA ajusté. Il exclut notamment l'usure des équipements et les rémunérations versées en actions, et grimpe à 8 809 millions de dollars, quatre fois plus qu'un an plus tôt.
Côté trésorerie, l'activité a fait entrer 9 631 millions de dollars de trésorerie sur le trimestre, mais les investissements en centres de calcul, en satellites et en fusées ont atteint 19 593 millions. Le free cash flow, l'argent qui reste une fois ces investissements payés, ressort donc vers -10 milliards de dollars sur trois mois. La branche d'IA absorbe à elle seule 84% de ces dépenses.
Le prix de l'action parie sur la suite. SpaceX se paie 74,09 fois les bénéfices attendus sur douze mois, contre 35,45 fois pour une société typique de son sous-secteur des opérateurs de télécommunications alternatifs, soit plus du double du prix payé chez un concurrent comparable. Les analystes attendent en moyenne environ 120 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2027.
Dans la vidéo en tête d'article, Elon Musk place la barre bien plus haut. Il estime que le revenu récurrent annuel de SpaceX se situera « quelque part entre 500 milliards et 1 000 milliards de dollars » fin 2027, porté par Grok Bot. Ce revenu récurrent désigne les ventes du moment rapportées à une année.
C'est quatre à huit fois le consensus, sans aucun plan chiffré à l'appui. Il s'agit d'une ambition formulée à l'oral, pas d'une prévision publiée par la société. Le rapport de SpaceX compare sa valorisation aux 27 sociétés de son sous-secteur.

Le marché salue le trimestre, Tesla entre dans le jeu
L'action a terminé la séance de lundi à 147,79 dollars, avant la publication. Dans les échanges après la clôture, elle a gagné 8,06%, à 159,70 dollars, en fin de soirée à New York. Elle revient ainsi à son premier cours de clôture du 12 juin, 160,95 dollars, loin de son plus haut à 225,64 dollars et au-dessus de son plus bas à 104,83 dollars.
Avant la publication, 30 des 38 analystes qui suivent la valeur étaient positifs, 5 neutres et 3 négatifs. Leur objectif de cours moyen se situait autour de 225 dollars, dans une fourchette de 118 à 450 dollars. Cet écart dit combien la valeur de SpaceX dépend de l'IA.
L'appel a aussi relancé le dossier d'une fusion avec Tesla. Elon Musk a confirmé que les deux sociétés ont formé des comités spéciaux, composés d'administrateurs indépendants, à la demande d'actionnaires. Il dirige les deux groupes et se trouve donc en conflit d'intérêts. Il ne participe pas aux discussions.
Les comités n'ont trouvé aucun accord, et rien ne garantit qu'ils en trouveront un. Elon Musk juge pourtant l'idée bonne. Il cite comme terrains communs l'IA, la conception de puces, les robots, les lancements et la connectivité. Il rappelle aussi que les actionnaires devront la soutenir. Avec 1 947 milliards de dollars de capitalisation pour SpaceX et 1 476 milliards pour Tesla, l'opération créerait un groupe de plus de 3 400 milliards. Aucune parité ni calendrier n'a été évoqué, et l'action Tesla n'a gagné que 1,80% après la clôture.

Le point de bascule
La direction prévoit 33 à 37 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier trimestre 2027, plus du double du trimestre publié, et 35 à 40 milliards d'investissements dès le quatrième trimestre 2026. La puissance de calcul doit passer de 1,7 gigawatt aujourd'hui à 2,5 ou 3 gigawatts en fin d'année.
Tant que les revenus d'IA suivent cette trajectoire et que la trésorerie produite par l'activité progresse au rythme des investissements, le multiple de 74,09 fois les bénéfices attendus reste celui d'un groupe qui accélère, et l'objectif d'Elon Musk sert de plafond plutôt que de plancher.
Si les investissements du quatrième trimestre tombent dans la fourchette annoncée sans que les ventes suivent, ils représenteraient à eux seuls entre 69% et 78% de la trésorerie nette de 51 milliards de dollars au 30 septembre. SpaceX devrait alors emprunter ou lever des fonds, et le pari d'Elon Musk se paierait en dilution.





