Un vote à deux voix qui coûte 5 milliards
Mardi soir, dans un hémicycle de l'Assemblée nationale réuni tard dans la nuit -- les écrans affichaient 00:42 et 00:43 -- 79 députés ont voté pour la suppression de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, contre 77. Deux voix d'écart suffisent à retirer 5 milliards d'euros de recettes au budget 2027. Le résultat est net : un trou supplémentaire dans des finances publiques déjà sous tension.
Cette surtaxe avait été instaurée par la loi de finances pour 2025, puis prolongée en 2026, comme levier temporaire pour redresser les comptes de l'État. Le mécanisme reposait sur une contribution exceptionnelle assise sur les bénéfices des grandes entreprises, conçue dès l'origine comme un outil de consolidation budgétaire à durée limitée. Avant même ce vote, le gouvernement avait déjà consenti à en abaisser les taux dans son propre projet de budget, ramenant le rendement attendu de plus de 7 milliards à 5 milliards d'euros. C'est cette somme résiduelle, déjà réduite par l'exécutif lui-même, qui vient de disparaître d'un trait de plume parlementaire.
Autrement dit, la trajectoire de cette surtaxe aura été doublement dégradée : d'abord par le gouvernement, qui en a lui-même rogné le rendement en abaissant les taux dans son projet de budget, puis par l'Assemblée, qui en a voté la suppression pure et simple. Le budget 2027 se retrouve ainsi amputé d'une recette que l'exécutif avait pourtant intégrée dans ses calculs.
Une coalition hétéroclite contre la surtaxe
Neuf amendements de suppression avaient été déposés, portés par des groupes aux intérêts habituellement divergents : la Droite républicaine, le Rassemblement national, l'UDR, Horizons et jusqu'à deux élus issus du groupe présidentiel. Une convergence rare, qui dit quelque chose sur la fragilité de la majorité gouvernementale au moment d'arbitrer entre consolidation budgétaire et pression fiscale sur les entreprises. Que des formations aussi éloignées sur l'échiquier politique aient pu s'accorder sur un même texte de suppression, dans la nuit, à quelques voix près, illustre la difficulté de l'exécutif à tenir une ligne fiscale cohérente face à une Assemblée fragmentée.
La séance s'est tenue à une heure avancée de la nuit, ce que les horloges affichées dans l'hémicycle confirment. Ce détail n'est pas anodin : les votes nocturnes, souvent moins suivis, peuvent basculer sur des présences réduites et deux voix d'écart dans un tel contexte rendent le résultat d'autant plus significatif.
Le marché de prédiction donnait, au moment du vote, 53% de probabilité que la France adopte un budget national d'ici le 31 décembre. Ce scrutin ne simplifie pas l'équation : 5 milliards à trouver ailleurs, ou à ne pas dépenser, dans un calendrier budgétaire déjà contraint. Par ailleurs, le marché de prédiction sur un éventuel défaut de la France sur sa dette d'ici le 31 décembre 2027 affichait une cote de 13% au moment du tweet, un niveau qui reflète une inquiétude réelle, même si minoritaire, sur la trajectoire des finances publiques françaises.
Réduire les dépenses, trouver de nouvelles recettes ou accepter un déficit plus creusé : l'exécutif doit désormais combler 5 milliards dans un budget dont l'équilibre était déjà précaire avant ce vote et chacune de ces options a un coût politique et économique qu'il devra assumer dans les semaines à venir.









