Baidu (BIDU), le géant chinois de la recherche en ligne, a présenté jeudi à Londres le véhicule de son service de robotaxi Apollo Go, en vue d'un lancement sans chauffeur en 2027. Mais son action, à 77,20 dollars, a perdu 53,3% depuis son plus haut des douze derniers mois.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Positif |
| Intensité | Faible |
| Horizon | Structurel |
| Ce que ça touche | Croissance long terme, ouverture internationale |
Ce que Baidu a montré à Londres
Apollo Go, la filiale de conduite autonome de Baidu, a dévoilé jeudi 23 octobre son véhicule RT6 dans les rues de Londres, rapporte l'agence Reuters. Le projet est mené avec Freenow, la plateforme de VTC détenue par l'américain Lyft. Les deux partenaires testent leurs voitures depuis l'été avec un chauffeur de sécurité à bord. Ce modèle à volant amovible avait été présenté en Chine dès 2022.
Baidu, c'est le moteur de recherche chinois qui joue le rôle de Google en Chine. Le groupe exploite aussi une application, un service de cloud et la plateforme vidéo iQIYI.
Les deux sociétés veulent faire rouler des véhicules entièrement sans chauffeur à Londres l'an prochain, puis lancer un service commercial en 2027. Danny O'Gorman, directeur général de Freenow au Royaume-Uni, parle de « quelques dizaines de véhicules » sur un ou deux ans pour tester le marché. Il insiste sur un point sensible à Londres, puisque ces robotaxis ne visent pas à remplacer les célèbres taxis noirs, les « black cabs », qu'il décrit comme une part essentielle de la ville.
Londres sert de terrain d'apprentissage exigeant, avec ses ralentisseurs, ses rues étroites et ses nombreuses routes limitées à 20 miles par heure, soit environ 32 km/h. Freenow dit travailler avec Transport for London, l'autorité des transports de la ville, et attendre des lignes directrices réglementaires dans les prochains jours.
Le choix de l'Europe a aussi une raison politique. Le Sénat américain travaille à une interdiction permanente des voitures chinoises aux États-Unis, ce qui pousse les sociétés chinoises vers le Vieux Continent, souligne Reuters.
La jeune société britannique Wayve et Uber ont lancé un service de robotaxi à Londres en septembre, encore avec un chauffeur de sécurité. Waymo, filiale d'Alphabet, vise un service sans chauffeur dans la capitale britannique d'ici la fin de l'année. Ni Baidu ni Freenow n'ont donné de montant d'investissement ou de chiffre d'affaires attendu. Le calendrier de Waymo place donc Baidu derrière Alphabet dans la course au premier service sans chauffeur annoncé à Londres.
Ce que le prix incorpore déjà
Un robotaxi à Londres touche la croissance de long terme de Baidu, pas ses comptes de l'année. Quelques dizaines de voitures ne pèsent rien face à près de 20 milliards de dollars de ventes annuelles. L'enjeu est ailleurs, dans la preuve que la technologie chinoise peut rouler et se vendre hors de Chine.
Apollo Go appartient à la branche principale du groupe, avec l'application Baidu, le cloud et l'intelligence artificielle, à côté de la plateforme vidéo iQIYI. Les données publiées ne donnent pas le chiffre d'affaires propre au robotaxi, ce qui empêche de mesurer son poids exact.
Ce relais compte parce que le cœur de l'activité s'essouffle. Baidu publie ses comptes en yuans. Son chiffre d'affaires est passé de 134,6 milliards de yuans en 2023 à 133,1 milliards en 2024, puis à 129,1 milliards en 2025, soit environ 18 milliards de dollars.
La marge nette, ce qui reste des ventes une fois toutes les charges payées, est tombée à -3,35% sur douze mois, après 17,85% en 2024 et 4,33% en 2025. Elle se compare à 10,95% pour la médiane des 72 sociétés de son sous-secteur des médias et services en ligne. Baidu perd donc de l'argent, quand ses concurrents typiques en gagnent environ 11 dollars pour 100 dollars de ventes.
La prévision des analystes pour le bénéfice par action de 2026 a été réduite de 26,39% en trois mois, et ils attendent un recul d'environ 31% sur l'année avant un rebond en 2027. L'action se paie 12,85 fois ces bénéfices attendus, contre 11,24 pour la médiane du sous-secteur, un prix proche de celui d'une société moyenne du secteur pour un groupe dont les bénéfices reculent.
Le free cash flow, l'argent qui reste une fois payés les dépenses et les investissements, est redevenu négatif sur douze mois après recoupement de plusieurs sources. Il ne permet donc pas de calculer la croissance que le cours suppose.
La rentabilité de Baidu face aux 72 sociétés de son sous-secteur est détaillée dans son rapport.

Ce que le marché en fait déjà
L'action Baidu a clôturé vendredi 23 octobre à 77,20 dollars à la Bourse de New York, son plus bas niveau de clôture des douze derniers mois. Elle avait culminé à 162,52 dollars le 22 janvier, après une hausse rapide depuis les 130,66 dollars du 31 décembre, avant de tout reperdre au fil de l'année.
Le titre cote même sous les 93,13 dollars du 28 octobre 2024, ce qui efface deux ans de hausse. Il a perdu 40,92% depuis le 1er janvier et 35,75% sur un an, quand la médiane de son sous-secteur recule de 18,52%.
Son RSI, un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations, ressort à 26,55. Sous 30, un titre est jugé survendu, c'est-à-dire qu'il a baissé plus vite que d'habitude.
Baidu dispose de 26,39 milliards de dollars de trésorerie, soit 102,8% de sa valeur en Bourse. Une fois sa dette remboursée, il lui resterait encore 8,49 milliards de dollars, un coussin rare pour une action à son plus bas annuel. Son résultat d'exploitation couvre par ailleurs 7,47 fois la charge d'intérêts de sa dette.
Sur les 30 analystes qui suivent la valeur, 24 sont positifs, 5 neutres et 1 négatif. Un mois plus tôt, ils étaient 26 positifs, 5 neutres et 1 négatif. Leur objectif de cours moyen, environ 137 dollars, dépasse le cours de 78,04%. Cet écart reflète surtout la vitesse de la chute, puisque les mêmes analystes réduisent leurs prévisions de bénéfice.
L'annonce londonienne n'a pas freiné la baisse, et le cours diverge du fondamental, avec une nouvelle positive pour l'avenir du robotaxi et un titre sanctionné pour ses comptes du moment.

Le point de bascule
Le prochain rendez-vous est la publication des résultats du troisième trimestre, attendue vers le 20 novembre, date encore estimée. Les analystes y attendent environ 30,5 milliards de yuans de chiffre d'affaires, un peu moins qu'un an plus tôt.
Pour 2027, ils prévoient un retour de la croissance, avec environ 6% de ventes en plus et un bénéfice par action en hausse d'environ 26%. Les lignes directrices de Transport for London, attendues dans les prochains jours, diront de leur côté à quel rythme Apollo Go pourra rouler sans chauffeur. Le test londonien ne change pas le prochain trimestre, il change la valeur de ce que Baidu pourra vendre hors de Chine dans quelques années.
Tant que les ventes se stabilisent autour de ce consensus et que la prévision de bénéfice 2026 cesse de baisser, la trésorerie de 26,39 milliards de dollars donne à Baidu le temps de financer Apollo Go hors de Chine. Le robotaxi reste alors une option de croissance que le cours actuel ne paie presque pas.
Si le trimestre confirme le recul des ventes et que les révisions de bénéfice continuent au rythme de 26,39% en trois mois, la trésorerie servira à absorber les pertes plutôt qu'à financer l'expansion. Londres resterait alors une vitrine technologique sans effet sur les comptes avant plusieurs années.







