SoftBank Group (9984), le conglomérat japonais de Masayoshi Son, aurait choisi la Malaisie pour 50 milliards de dollars d'investissements technologiques, selon le Premier ministre du pays. Mais ce montant dépasse toute la trésorerie d'un groupe qui doit déjà 174,2 milliards de dollars.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Négatif |
| Intensité | Modérée |
| Horizon | Structurel |
| Ce que ça touche | Structure de financement, bilan |
Ce que la Malaisie a annoncé
Le fondateur de SoftBank Masayoshi Son a choisi des sites en Malaisie pour 50 milliards de dollars d'investissements technologiques. C'est ce qu'a déclaré dimanche 25 octobre le Premier ministre malaisien, rapporte l'agence Bloomberg. Cette dépense accélérerait le pari mondial du milliardaire sur les infrastructures d'intelligence artificielle. Ce terme désigne surtout les centres de données, ces bâtiments remplis de serveurs qui font tourner et entraînent les modèles comme ChatGPT, ainsi que l'énergie et les réseaux qui les alimentent.
SoftBank, c'est le groupe japonais qui possède un opérateur de téléphonie mobile au Japon et le concepteur de puces Arm, et qui place des milliards dans l'intelligence artificielle jusqu'à OpenAI, l'éditeur de ChatGPT. Le groupe emploie 73 677 personnes et compte désormais une activité de calcul pour l'intelligence artificielle parmi ses branches, à côté de ses fonds Vision Fund.
L'annonce vient du gouvernement malaisien et pas de SoftBank, qui n'a pas confirmé le montant dans les éléments disponibles. Ni le calendrier, ni le nom des sites, ni la nature exacte des projets n'ont été rendus publics. Le mode de financement reste lui aussi inconnu, et c'est le point qui compte le plus pour l'actionnaire. Le message de Bloomberg ne dit pas si ce montant inclut l'argent de partenaires ou de fonds publics.
Rapportés au groupe, les 50 milliards de dollars pèsent lourd. Ils représentent environ un tiers de sa valeur en Bourse, qui s'élève à 155,6 milliards de dollars. Ils dépassent sa trésorerie de 38,91 milliards de dollars, et même l'argent consommé par le groupe sur les douze derniers mois. Ils équivalent aussi à près d'une année de chiffre d'affaires, qui a atteint 51,71 milliards de dollars sur le dernier exercice clos.
Le 21 septembre, SoftBank lançait déjà 10 milliards de dollars et 1 milliard d'euros d'obligations pour financer une nouvelle tranche de son investissement dans OpenAI. Upside avait alors relevé le poids de la dette sur son bilan. Un mois plus tard, les chiffres ont à peine bougé.

Ce que le bilan porte déjà
La dette totale de SoftBank atteint 174,2 milliards de dollars, contre 174,32 milliards un mois plus tôt. Un nouvel engagement de 50 milliards de dollars se paiera par de la dette, par la vente de participations ou par l'arrivée de partenaires, et aucune de ces options n'a été annoncée.
La dette nette représente 22 fois l'excédent brut d'exploitation annuel, l'argent que l'activité dégage avant impôts et intérêts. La dette nette correspond à la dette moins la trésorerie. La médiane des 60 sociétés de son sous-secteur est à 1,65 fois. Une société ordinaire du secteur rembourserait sa dette en moins de deux ans de cet excédent, SoftBank en mettrait 22.
La trésorerie ne couvre que 22,34% de la dette totale. Le groupe dispose donc d'environ un dollar en caisse pour un peu plus de quatre dollars dus. Ce taux de couverture a perdu 15,9 points en trois ans, à mesure que les emprunts grossissaient plus vite que la trésorerie.
Le free cash flow, l'argent qui reste une fois payés les dépenses et les investissements, ne vient pas soulager ce bilan. Il ressort à -28,64 milliards de dollars sur douze mois, contre -28,66 milliards dans le dossier de septembre. Le groupe consomme donc plus d'argent qu'il n'en produit, avant même la Malaisie.
Ce modèle tient tant que les participations prennent de la valeur. SoftBank emprunte en s'appuyant sur ce qu'il détient, puis réinvestit cet argent dans de nouveaux paris. Une baisse durable de la valeur de ses actifs réduirait d'un coup sa marge de manoeuvre, au moment même où les engagements se multiplient.
Ce flux négatif empêche de calculer la croissance que le cours suppose, l'ancrage habituel de ces analyses. Le prix de l'action reflète plutôt la valeur que le marché accorde aux participations de SoftBank, d'OpenAI à Arm, moins la dette qui les finance.
L'endettement de SoftBank face aux 60 sociétés de son sous-secteur est détaillé dans son rapport.

Ce que le marché en fait déjà
L'action SoftBank a clôturé vendredi 23 octobre à 4 276 yens à la Bourse de Tokyo. Elle se situe 52,88% sous son plus haut des douze derniers mois, à 9 074 yens, et recule de 24,3% sur un an. Son plus haut de clôture, 8 632 yens, date du 2 juin.
Le 14 septembre, le titre a perdu 10,72% en une seule séance, et la clôture du 23 octobre est la plus basse depuis six mois. Sur deux ans, l'action reste pourtant bien au-dessus de sa clôture du 28 octobre 2024, à 2 252 yens, ce qui montre l'ampleur de la hausse liée à l'intelligence artificielle avant le reflux.
Son RSI, un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations, ressort à 29,1. Sous 30, un titre est jugé survendu, c'est-à-dire qu'il a baissé plus vite que d'habitude.
Le titre paraît bon marché, avec un PER de 4,98, le cours divisé par le bénéfice de douze mois, contre 14,8 pour la médiane du sous-secteur. Ce bénéfice vient pourtant d'éléments hors de l'activité courante. La marge nette atteint 61,37% alors que la marge d'exploitation est négative, à -5,43%. Face à sa propre histoire, ce PER se situe dans les 30% les plus bas de ses cinq dernières années, une lecture trompeuse pour la même raison.
Les analystes attendent la fin de cet effet. Ils prévoient un bénéfice par action en recul de 84,86% sur l'exercice qui se clôt en mars 2027, et ils ont réduit cette prévision de 21,72% en trois mois.
Sur les 18 analystes qui suivent la valeur, 14 sont positifs, 3 neutres et 1 négatif. Leur objectif de cours moyen, environ 7 800 yens, dépasse le cours de 82%. Les analystes jugent donc les participations de SoftBank sous-évaluées, quand le marché, lui, sanctionne leur financement. Le dividende ne rapporte que 0,26% du cours, si bien que l'actionnaire n'est rémunéré que par la hausse éventuelle de ces participations.

Le point de bascule
Le prochain rendez-vous est la publication des résultats semestriels, le 10 novembre. SoftBank devra y dire si les 50 milliards de dollars évoqués par la Malaisie sont confirmés, sur quelle durée ils s'étalent et qui les finance. Le niveau de la dette et de la trésorerie à fin septembre sera l'autre indicateur à lire, puisqu'il intégrera déjà les obligations émises pour OpenAI. La réaction des agences de notation, qui jugent la capacité du groupe à rembourser, comptera aussi pour le coût de ses prochains emprunts.
Tant que l'engagement malaisien s'étale sur plusieurs années, avec des partenaires ou des ventes de participations, et que la dette reste proche de 174,2 milliards de dollars, ce projet élargit le pari de SoftBank sans alourdir tout de suite un levier déjà à 22 fois.
Si SoftBank finance l'essentiel par de nouvelles obligations, comme en septembre pour OpenAI, la dette s'alourdirait encore, alors qu'elle vaut déjà plus de quatre fois sa trésorerie. Chaque yen investi en Malaisie reposerait alors un peu plus sur la valeur future de ses participations.







