SoftBank Group (9984), le conglomérat japonais de Masayoshi Son, chercherait avec ABB à sauver sans la Chine le rachat de 5,4 milliards de dollars bloqué par Pékin, selon Bloomberg. Mais l'opération pèse environ 14% de la trésorerie d'un groupe dont la dette inquiète bien davantage ses prêteurs.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Non statuable |
| Intensité | Faible |
| Horizon | 6-12 mois |
| Ce que ça touche | Perception, valorisation |
Ce que Pékin a bloqué
Les autorités chinoises chargées d'examiner les investissements étrangers ont bloqué jeudi 5 novembre le rachat de la division robotique d'ABB par SoftBank, sans donner d'explication. Selon l'agence Bloomberg, qui cite des sources proches du dossier, les deux groupes étudient désormais une séparation des activités chinoises. Elles seraient logées dans une société distincte, détenue par d'autres actionnaires, pour laisser passer le reste de l'opération.
SoftBank, c'est le groupe japonais qui possède Arm, le concepteur des puces au coeur de la plupart des smartphones. Il compte aussi parmi les grands investisseurs de l'intelligence artificielle. Avec les robots industriels d'ABB, ces bras articulés qui assemblent les voitures dans les usines, il voulait faire entrer l'intelligence artificielle dans le monde physique.
Ces discussions restent préliminaires et pourraient ne déboucher sur aucun accord, précise Bloomberg. ABB n'a pas commenté l'information et SoftBank n'a pas répondu. Le blocage est établi, la séparation des activités chinoises ne l'est pas. ABB étudierait aussi la vente de sa division à un autre acheteur. L'autre voie serait de relancer la mise en Bourse séparée de la division, envisagée avant l'accord avec SoftBank, en Suisse ou en Suède.
Le rachat, annoncé en octobre 2025 pour 5,4 milliards de dollars, représente environ 14% des 38,51 milliards de trésorerie de SoftBank. La division visée a réalisé 2,3 milliards de dollars de ventes en 2024 avec environ 7 000 salariés. Elle ajouterait moins de 5% aux 49,27 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel du groupe japonais.
La Chine est le premier marché de la robotique d'ABB, avec environ 30% de son activité. Pékin bloque ainsi une deuxième opération cette année, après avoir ordonné en avril à Meta de défaire le rachat de la société d'intelligence artificielle Manus, payée plus de 2 milliards de dollars.

Un rachat petit face au bilan
Le blocage touche d'abord la perception de la stratégie de SoftBank, plus que ses comptes. Les 5,4 milliards de dollars ne sont pas encore sortis des caisses, puisque ABB attendait de conclure la vente avant la fin de l'année. Un abandon du rachat garderait les 5,4 milliards de dollars dans les caisses, sans changer l'ordre de grandeur de la dette. Une version sans la Chine priverait SoftBank du premier marché de la division, soit environ 30% de son activité, pour un prix qui resterait à négocier.
Le rachat devait porter la stratégie de Masayoshi Son dans la robotique, qu'il présentait comme la prochaine étape de l'intelligence artificielle. Son blocage pose la question de la capacité de SoftBank à acheter des actifs industriels exposés à la Chine, au moment où Pékin resserre son contrôle sur les investissements étrangers dans les technologies de pointe.
Le bilan du groupe pèse d'un tout autre poids. SoftBank doit 172,4 milliards de dollars, une dette que sa trésorerie ne couvre qu'à 22,34%, soit environ un dollar en caisse pour quatre et demi dus. Le 25 octobre, Upside relevait déjà 174,2 milliards de dette au moment des 50 milliards de dollars promis à la Malaisie.
Le free cash flow, l'argent qui reste une fois payés les dépenses et les investissements, ressort à -28,34 milliards de dollars sur douze mois. Le groupe consomme donc plus d'argent qu'il n'en produit. Ce flux négatif empêche de calculer la croissance que le cours suppose, l'ancrage habituel de ces analyses.
L'ancrage se reporte sur le prix de l'action face à ses bénéfices. Le PER, le cours divisé par le bénéfice de douze mois, ressort à 4,13 contre 14,46 pour la médiane du sous-secteur, soit un titre payé environ trois fois et demie moins cher que ses pairs. Face à sa propre histoire, ce PER se situe dans les 20% les plus bas de ses cinq dernières années.
Ce bénéfice vient pourtant de la hausse de valeur des participations du groupe. La marge d'exploitation est négative, à -5,43%, quand la marge nette atteint 61,37%.
Le multiple paraît donc bas parce que le bénéfice publié est gonflé par des gains hors de l'activité courante. La fiche de SoftBank Group donne sa note et la liste de ses concurrents.

Une chute qui précède l'information
L'action SoftBank a clôturé vendredi 6 novembre à 3 549 yens à la Bourse de Tokyo, en chute de 10,83% sur la séance. Jeudi, jour du blocage chinois, le titre avait déjà perdu 6,77%, soit 16,87% de baisse en deux séances. C'est sa plus basse clôture depuis le 24 mars. Le titre cote 60,89% sous son plus haut des douze derniers mois, à 9 074 yens.
Cette baisse est antérieure à l'information de Bloomberg, publiée samedi. Elle accompagne un repli général des valeurs technologiques en Asie, sur fond de doutes sur les dépenses dans l'intelligence artificielle. Selon l'agence Reuters, le coût de l'assurance contre un défaut de SoftBank a atteint vendredi son plus haut niveau depuis quatre ans.
Du côté du vendeur, l'action ABB a reculé de plus de 5% sur la semaine. Le blocage divise par deux la capacité d'acquisition du groupe suisse, à environ 5 milliards de dollars, estime Martin Wilkie, analyste chez Citigroup.
Sur un an, le titre recule de 39,07%. Depuis le 1er janvier, la baisse atteint 19,34%. Il reste pourtant au-dessus de sa clôture du 8 novembre 2024, à 2 342 yens, ce qui mesure l'ampleur de la hausse liée à l'intelligence artificielle avant le reflux. Le RSI, un indicateur de la vitesse des dernières variations, ressort à 25,87. Il passe ainsi sous le seuil de 30 qui signale une action survendue, c'est-à-dire tombée très vite.
Sur les 18 analystes qui suivent la valeur, 14 sont positifs, 4 neutres et aucun n'est négatif. Leur consensus a pourtant réduit de 21,72% en trois mois sa prévision de bénéfice par action pour l'exercice clos en mars 2027.
Le cours a donc reculé avant même que la piste d'un sauvetage sans la Chine soit connue. Le marché sanctionne d'abord le financement du groupe et sa dépendance à l'intelligence artificielle, dont la robotique d'ABB ne devait être qu'un prolongement.

Le point de bascule
Le prochain rendez-vous est la publication des résultats semestriels, le 10 novembre. SoftBank devra y dire s'il maintient le rachat sous une autre forme et à quel prix si la Chine en sort. Pour la robotique, deux issues circulent, une société chinoise séparée ou un autre acheteur pour ABB. Le niveau de la dette et de la trésorerie à fin septembre sera l'autre indicateur à lire, puisqu'il intégrera les obligations émises en septembre pour financer OpenAI.
Tant que le rachat reste un dossier de 5,4 milliards de dollars face à 38,51 milliards de trésorerie, son sort pèse peu sur les comptes, surtout si la trésorerie de fin septembre reste proche de ce niveau. La robotique reste alors un pari de long terme. L'action continue d'évoluer au rythme du financement du groupe.
Si la dette publiée le 10 novembre dépasse les 172,4 milliards de dollars actuels, avec des flux disponibles toujours proches de -28,34 milliards, chaque nouveau rachat se financerait un peu plus à crédit. Le coût de cette dette, déjà surveillé par les prêteurs, deviendrait alors le premier indicateur du dossier.







