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Oracle a levé en cinq jours tout l'argent qu'il promettait d'étaler jusqu'en 2030

Oracle a levé en cinq jours tout l'argent qu'il promettait d'étaler jusqu'en 2030

Publié par le 8 min de lecture
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Oracle (ORCL), l'éditeur américain de bases de données devenu loueur de centres de données pour l'intelligence artificielle, a vendu lundi soir 10 milliards de dollars d'actions nouvelles sous son cours de Bourse. Mais il emprunte autant en obligations et utilise d'un coup toute l'enveloppe promise jusqu'en 2030.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNégatif
IntensitéModérée
Horizon6-12 mois
Ce que ça toucheDilution, Structure de financement, Bilan

Ce qui a été vendu

Oracle a fixé lundi 2 novembre, vers 22h heure de New York, le prix de deux opérations menées en parallèle, selon son communiqué. Le groupe vend 86 206 897 actions nouvelles à 116 dollars pièce, pour un produit net d'environ 9,9 milliards de dollars. Il place aussi 10 milliards de dollars d'obligations, des titres de dette remboursés à date fixe, en cinq tranches qui courent de 2029 à 2046.

Oracle, c'est le logiciel qui range en coulisses les données des banques, des compagnies aériennes ou des hôpitaux, avec les programmes de comptabilité et de paie qui tournent dessus. Depuis deux ans, le groupe loue aussi la puissance de calcul de ses propres centres de données aux entreprises de l'intelligence artificielle.

Bloomberg a révélé l'opération avant la fixation du prix, en évoquant une décote d'environ 11%. Le prix de 116 dollars ressort en effet 11,23% sous les 130,67 dollars de la clôture de vendredi, le cours de référence cité dans le prospectus déposé à la SEC, le gendarme américain de la Bourse. Les deux opérations sont indépendantes et doivent être réglées mercredi 4 novembre.

Les obligations paient de 7% par an pour l'échéance 2029 à 8,65% pour l'échéance 2046. Sur la tranche la plus courte, Oracle paie 2,40 points de plus que l'État américain pour emprunter sur la même durée. Le communiqué ne détaille pas l'usage des fonds au-delà des besoins généraux, qui incluent les investissements, le remboursement de dette et les dividendes.

Mercredi 28 octobre, lors de sa journée investisseurs, Oracle s'était engagé à limiter à 20 milliards de dollars ses nouvelles levées jusqu'à l'exercice 2030, hors refinancement de sa dette existante. Le plan prévoyait 10 milliards en actions et 10 milliards en dette. Cinq jours plus tard, les deux moitiés sont levées.

Ces 20 milliards équivalent à un peu plus de trois mois de chiffre d'affaires du groupe, et à environ sept dixièmes de la trésorerie qu'il a consommée sur douze mois. Son free cash flow, l'argent qui reste une fois payés le fonctionnement et les investissements, ressort à -28,72 milliards de dollars sur cette période.

Free cash flow annuel d'Oracle de 2007 à 2026, positif entre 5 et 14 milliards de dollars par an jusqu'en 2024, légèrement négatif en 2025 puis négatif de 23,7 milliards de dollars en 2026.
Quinze ans de trésorerie positive, puis une bascule nette avec la construction des centres de données.Note : free cash flow annuel publié, exercices clos fin mai, en dollars.Source : comptes d'Oracle

Ce que l'émission coûte à l'actionnaire

Les 86,2 millions de titres nouveaux représentent 2,85% du nombre d'actions en circulation fin août, soit 3,02 milliards de titres. Chaque actionnaire existant détient donc une part un peu plus petite des bénéfices futurs, sans avoir rien vendu.

Cette part avait déjà rétréci sur l'année écoulée. Oracle a émis 21,36 milliards de dollars d'actions sur douze mois, comme le détaillait l'analyse du 18 octobre. Le rendement net pour l'actionnaire, ce que la société rend à ses actionnaires une fois retirée la dilution, ressortait à -4,25% de sa valeur en Bourse avant même cette opération.

Les actions nouvelles toucheront aussi le dividende de 0,50 dollar par trimestre, comme les anciennes. Au total, Oracle versera environ 0,17 milliard de dollars de plus chaque année à ses actionnaires, en plus des 5,94 milliards versés sur les douze derniers mois.

La dette nouvelle coûtera environ 0,78 milliard de dollars d'intérêts par an, près de 15% de plus que les 5,10 milliards de charges d'intérêts des douze derniers mois. Le résultat d'exploitation couvre aujourd'hui ces intérêts 4,52 fois. S&P classe ces obligations au dernier cran avant la catégorie spéculative, et Moody's assortit sa note d'une perspective négative.

Les 20 milliards arrivent en revanche en trésorerie avant d'être dépensés, et la moitié n'est pas de la dette. L'endettement une fois la trésorerie déduite ne grimpe donc pas d'un coup. C'est la trajectoire des dépenses des deux prochains exercices qui le fera bouger.

Le calcul habituel de la croissance que suppose le cours ne fonctionne pas, puisque la trésorerie disponible est négative. Le repère reste le PER, le cours divisé par le bénéfice par action. L'action se paie 14,66 fois ses bénéfices attendus, contre 23,68 pour la médiane des 102 éditeurs de logiciels de son sous-secteur. Son PER des douze derniers mois se situe au 13e centile de ses relevés sur cinq ans, c'est-à-dire moins cher que dans 87% des cas.

Le marché paie donc peu les bénéfices d'Oracle parce qu'il doute de sa trésorerie. Le bilan et la trésorerie d'Oracle, exercice par exercice donnent l'ordre de grandeur de ce qu'il reste à financer.

Dette brute d'Oracle rapportée à son EBITDA de 2007 à 2026, autour d'une fois jusqu'en 2014, entre 4 et 5 fois depuis 2020, puis 5,28 fois en 2026.
Une dette qui pèse plus de cinq années de résultat d'exploitation, au plus haut de la série.Note : dette totale divisée par l'EBITDA, le résultat d'exploitation avant amortissements, exercices clos fin mai.Source : comptes d'Oracle

Ce que le marché en fait déjà

L'action Oracle a clôturé lundi à 119,22 dollars, en baisse de 8,76%, après une ouverture à 125,88 dollars. Près de 59 millions de titres ont changé de mains. Elle avait déjà reculé de 6,37% vendredi.

En trois séances, le titre a rendu tout le rebond de la journée investisseurs. Il avait bondi de 10,73% le 28 octobre, à 144,54 dollars, et en a perdu 17,52% depuis. Le cours se situe désormais sous les 130,53 dollars de la veille de cette journée.

Les acheteurs des actions nouvelles paient 116 dollars, soit 2,70% sous la clôture de lundi. Le titre évolue à peine au-dessus de son plus bas des douze derniers mois, à 114,50 dollars, et 55,15% sous son plus haut, à 265,81 dollars. Il perd 53,76% sur un an.

Le cours évolue 24,05% sous sa moyenne des 200 dernières séances, le repère de la tendance de fond, qui reste orientée à la baisse. L'indicateur de vitesse du cours, le RSI, ressort à 45,62 sur une échelle de 0 à 100. Il reste loin du seuil de 30 sous lequel un titre est souvent jugé vendu trop vite.

Sur les 41 analystes qui suivent la valeur, 34 sont positifs, 6 neutres et 1 négatif. Stephens a même relevé son avis sur la valeur lundi, le jour de l'opération. L'objectif moyen ressort à environ 234 dollars, avec des cibles qui s'étalent de 110 à 400 dollars.

Un objectif de cours est une projection à douze mois, révisée au fil des publications. L'écart avec le cours mesure le doute du marché sur la trésorerie, que les analystes jugent passager et que les vendeurs de lundi ont jugé plus durable.

Cours de l'action Oracle sur deux ans, au-dessus de 300 dollars en septembre 2025, puis en baisse jusqu'à 119,22 dollars le 2 novembre 2026, loin sous l'objectif moyen des analystes en pointillé.
Le titre est revenu près de ses plus bas de l'année, loin de l'objectif moyen des analystes.Note : cours de clôture en dollars sur deux ans ; la ligne pointillée marque l'objectif moyen des analystes.Source : cours du NYSE, consensus des analystes

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication du deuxième trimestre de l'exercice, attendue vers le 7 décembre, une date encore estimée. Elle dira si les investissements suivent le rythme annoncé et si les ventes avancent vers les environ 90 milliards de dollars attendus par les analystes sur l'exercice, puis environ 132 milliards sur le suivant.

Tant que les centres de données entrent en service à temps et que les ventes suivent cette marche, les 20 milliards levés suffisent jusqu'au retour d'une trésorerie positive, promis pour le second semestre de l'exercice 2028. La dilution de lundi reste alors la dernière avant ce retournement.

Si la trésorerie reste proche des -28,72 milliards de dollars des douze derniers mois au-delà de cette date, Oracle devra revenir vers les marchés sans marge sous son propre plafond. La dette totale de 169,14 milliards de dollars, déjà notée au dernier cran avant la catégorie spéculative, deviendrait alors le sujet central.

Chiffre d'affaires annuel d'Oracle de 2000 à 2026, à 67,4 milliards de dollars en 2026, avec les prévisions des analystes pour 2027 et 2028 en pointillé, autour de 90 puis 132 milliards de dollars.
Des ventes que les analystes voient presque doubler en deux exercices, la condition du retournement promis.Note : chiffre d'affaires annuel publié, exercices clos fin mai, puis prévisions des analystes en pointillé.Source : comptes d'Oracle, consensus des analystes

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