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TotalEnergies porte ses rachats à 2,5 milliards, ses bénéfices attendus reculent de 7,86%

TotalEnergies porte ses rachats à 2,5 milliards, ses bénéfices attendus reculent de 7,86%

Publié par le 10 min de lecture
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TotalEnergies (TTE) porte ses rachats d'actions à 2,5 milliards de dollars au quatrième trimestre, contre 1,5 milliard jusqu'ici, et promet un dividende en hausse de plus de 5% par an jusqu'en 2030. Mais le consensus attend un bénéfice par action en recul de 7,86% en 2027.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionPositif
IntensitéModérée
Horizon6-12 mois
Ce que ça toucheRetour aux actionnaires, génération de trésorerie, nombre d'actions

Ce qui a été annoncé à New York

TotalEnergies a présenté sa stratégie aux investisseurs ce lundi 28 septembre à New York, rapporte Seeking Alpha. Le conseil d'administration a autorisé 2,5 milliards de dollars de rachats d'actions au quatrième trimestre, puis entre 2 et 2,5 milliards au premier trimestre 2027, contre 1,5 milliard par trimestre jusqu'ici. Le groupe s'engage aussi à augmenter son dividende de plus de 5% par an sur la période 2026-2030, et à consacrer au moins 40% de ses flux d'exploitation aux actionnaires.

TotalEnergies, ce sont les stations-service à son nom sur les routes françaises, mais aussi le gaz naturel liquéfié livré par méthanier et l'électricité vendue aux particuliers. C'est la hausse des prix du pétrole et du gaz qui gonfle ses bénéfices et rend cette générosité possible, souligne Bloomberg.

Le rachat d'actions est la forme de retour la plus discrète. L'entreprise achète ses propres titres en Bourse puis les annule : il y a moins d'actions en circulation, et chaque actionnaire restant détient une part un peu plus grande des bénéfices futurs, sans rien recevoir sur son compte. Le dividende, lui, se touche en liquide chaque trimestre.

Le groupe a aussi présenté un plan qui court jusqu'en 2035, relève le Wall Street Journal. Selon les éléments repris par Investing.com, il prévoit une production d'hydrocarbures en hausse de plus de 3% par an jusqu'en 2030, des investissements de 14 à 17 milliards de dollars par an sur 2027-2032, et un taux d'endettement ramené sous 10% d'ici la fin de l'année, selon sa propre définition.

La présentation a ses limites. TotalEnergies promet environ 10 milliards de dollars de flux de trésorerie disponibles supplémentaires entre 2025 et 2030 aux prix actuels, sans publier le prix du baril retenu. Tout l'édifice repose donc sur une hypothèse de prix que le lecteur ne peut pas vérifier.

Pour mesurer l'effort, le plus simple est de le rapporter aux comptes. Au rythme du quatrième trimestre, les rachats représentent environ 10 milliards de dollars par an. Le groupe a dégagé 16 254 M USD de flux de trésorerie disponibles sur les douze derniers mois : les seuls rachats en absorberaient donc plus de 60%, avant même le dividende.

Flux de trésorerie disponibles annuels de TotalEnergies en dollars, en recul marqué depuis le pic de 2022.
La trésorerie disponible est retombée de 31 929 M USD en 2022 à 10 348 M USD en 2025 : c'est dans cette enveloppe que se financent dividende et rachats.Note : flux de trésorerie disponibles annuels, exercices clos fin décembre, en dollars, la monnaie des comptes du groupe.Source : comptes annuels de TotalEnergies SE

Ce que le prix incorpore déjà

La ligne des comptes touchée est celle de la trésorerie rendue aux actionnaires. Deux mesures permettent de la comparer au prix de l'action. Le free cash flow, l'argent qui reste une fois les dépenses et les investissements payés, rend 7,99% de la valeur en Bourse du groupe, contre 9,03% pour la médiane de son sous-secteur, qui regroupe 26 pétroliers intégrés. En clair, pour 100 euros d'actions, l'entreprise dégage environ 8 euros de trésorerie disponible par an, un peu moins que ses concurrents.

Le dividende, lui, rend déjà 4,21%, contre 3,68% pour la médiane. Plus de la moitié de la trésorerie disponible part donc en dividendes. Les rachats annoncés, environ 10 milliards de dollars par an, représentent à eux seuls près de 5% de la capitalisation. Additionnés, dividende et rachats atteignent environ 9% de la valeur en Bourse, au-dessus des 7,99% que rapporte la trésorerie disponible. L'écart doit venir de flux plus élevés, que les prix de l'énergie actuels promettent, ou du bilan.

Le prix de l'action, de son côté, ne suppose aucune croissance. En remontant du cours vers la trésorerie nécessaire pour le justifier, le marché intègre une baisse du free cash flow d'environ 1% par an pendant dix ans. Le bénéfice par action a pourtant progressé de 15,38% par an sur les cinq dernières années. Les investisseurs paient donc TotalEnergies comme une entreprise dont les flux vont s'éroder, pas comme une entreprise qui les fera grandir. Cette prudence a une raison simple : les bénéfices d'un pétrolier suivent le prix du baril, qui peut redescendre aussi vite qu'il est monté, et la transition vers d'autres énergies pèse sur la durée de vie de ses gisements.

C'est ce qui explique un multiple bas. Le titre se paie 7,83 fois les bénéfices attendus, contre 12,16 fois pour la médiane du sous-secteur : environ un tiers de moins que le pétrolier intégré médian. Le détail des flux, des multiples et des comparables reprend le dossier ligne par ligne.

Rendement de la trésorerie disponible de TotalEnergies de 2022 à 2025, en baisse continue, avec 7,99% sur douze mois en tête de carte.
Le rendement de la trésorerie disponible de TotalEnergies a fondu depuis 2022, à 7,99% sur douze mois.Note : flux de trésorerie disponibles rapportés à la capitalisation boursière, fin d'exercice ; le chiffre en tête de carte porte sur les douze derniers mois.Source : comptes annuels de TotalEnergies SE et cours de Bourse

Ce que le marché en fait déjà

L'action s'échangeait à 80,71 euros ce lundi 28 septembre vers midi à Paris, à 0,77% seulement de son plus haut annuel de 81,34 euros. Elle évolue à 98% de sa fourchette sur un an, entre 49,24 et 81,34 euros. En douze mois, le titre a gagné 50,12%, contre 37,37% pour la médiane du sous-secteur.

Cette hausse précède l'annonce. Elle suit la remontée des prix du pétrole et du gaz, qui a fait doubler le bénéfice net du deuxième trimestre, à 5 438 M USD contre 2 687 M USD un an plus tôt. Une partie de la générosité annoncée était donc déjà attendue par le marché. L'annonce de ce lundi confirme ce que le cours anticipait, plus qu'elle ne le surprend.

Le consensus reste favorable, sans unanimité. Sur les 14 analystes qui suivent la valeur, 10 sont positifs, 4 neutres et aucun négatif. Leur objectif moyen, converti en euros, s'établit à environ 87 euros, soit un potentiel d'environ 8%. La plus récente note publiée va dans l'autre sens : JP Morgan a ramené sa recommandation à neutre le 23 septembre.

Les analystes ont relevé leurs attentes pour l'exercice en cours : l'estimation de bénéfice par action pour 2026 a gagné 4,30% en un mois, à 11,35 dollars. Mais ils voient ce bénéfice redescendre ensuite. C'est la vraie divergence du dossier : le groupe promet un dividende qui monte chaque année, quand le consensus attend un bénéfice qui baisse dès l'an prochain.

Cours quotidien de l'action TotalEnergies à Paris sur deux ans, en euros, remonté à son plus haut annuel en septembre 2026.
Le titre a gagné 50,12% en un an et termine septembre à son plus haut annuel.Note : cours de clôture quotidien à Paris sur deux ans, en euros.Source : cours de Bourse, Capital IQ

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication du troisième trimestre, attendue le 29 octobre, une date encore estimée. L'indicateur à surveiller est le free cash flow du trimestre, rapporté au rythme de distribution annoncé.

Le scénario favorable tient aux prévisions pour 2026. Le consensus attend 20 283 M USD de trésorerie disponible sur l'exercice, assez pour payer environ 10 milliards de rachats et un dividende qui pèse environ 8,6 milliards de dollars par an sans toucher à la dette.

Le scénario défavorable commence en 2027. Les analystes attendent un bénéfice par action en recul de 7,86% et une trésorerie disponible ramenée à 18 673 M USD. Le moindre repli des prix de l'énergie ferait passer les distributions au-dessus des flux, et le dividende promis en hausse se financerait alors par le bilan. Le bilan le permet un temps, puisque la dette nette reste modérée, mais une promesse de dividende tenue par l'endettement ne se prolonge pas indéfiniment.

Tant que la trésorerie disponible reste au-dessus d'environ 19 milliards de dollars par an, dividende et rachats se paient sans s'endetter, et le multiple de 7,83 fois reste un constat de prudence. Si elle retombe vers les 10 348 M USD de 2025, la promesse d'un dividende en hausse de plus de 5% par an deviendra la principale question posée au dossier.

Bénéfice par action annuel de TotalEnergies depuis 2006, en dollars, avec les prévisions des analystes pour 2026 et 2027.
Le consensus voit le bénéfice par action remonter en 2026, puis redescendre en 2027.Note : bénéfice par action annuel, en dollars ; les dernières barres sont des prévisions d'analystes.Source : comptes annuels de TotalEnergies SE et consensus

Les données, en clair

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