Au 1er janvier 2027, toutes les pensions ne suivront pas l'inflation. Le projet de budget de la Sécurité sociale réserve la revalorisation complète aux retraités qui touchent jusqu'à 1 260 euros par mois. Au-delà, la hausse est réduite et peut aller jusqu'au gel pour les pensions les plus élevées. Le texte est examiné cette semaine en commission à l'Assemblée nationale.
Trois tranches de pension, trois traitements
Le seuil se calcule sur le total de la pension, base et complémentaire comprises. Il correspond à 85% du Smic. L'article 35 du projet découpe ensuite les retraités en trois groupes (Moneyvox).
- Jusqu'à 1 260 euros par mois, la pension suit l'inflation, avec une hausse estimée à 1,7%.
- Entre 1 260 et 2 034 euros, la hausse est réduite. Des paliers intermédiaires, de 1 265 à 1 281 euros puis de 2 000 à 2 034 euros, évitent qu'un euro de pension en plus fasse perdre beaucoup.
- Au-delà de 2 034 euros, le gouvernement peut aller jusqu'au gel par décret.
Dans tous les cas, aucune pension ne baisse en euros. Le taux exact de chaque tranche n'est pas encore fixé. Il sera proposé par le comité de suivi des retraites et pourra être modifié en cours d'année 2027.
Deux exemples chiffrés
La pension moyenne de droit direct atteignait 1 705 euros bruts par mois fin 2024, selon la DREES (Meilleurtaux). Avec une hausse complète de 1,7%, elle gagnerait environ 29 euros par mois, soit 348 euros sur l'année. Comme elle tombe dans la tranche intermédiaire, son titulaire n'en touchera qu'une partie.
Pour une pension de 2 100 euros, un gel ferait perdre la totalité de la hausse, soit près de 36 euros par mois. Dans les deux cas, le montant versé ne bouge pas ou peu alors que les prix continuent de monter.
Les retraités imposables sont aussi visés par un second levier. L'abattement de 10% sur leurs pensions serait plafonné à 3 000 euros, contre 4 439 euros aujourd'hui, pour 1,4 milliard d'euros de recettes (Moneyvox). Au total, l'effort demandé aux retraités atteint 5,5 milliards d'euros.

Budget 2027 : le gouvernement arbitre entre indexation des retraites sur l'inflation et abattement fiscal de 10%
Le ministre David Amiel pose le dilemme : indexer toutes les pensions coûte plus de 6 milliards d'euros, soit le coût annuel de l'abattement fiscal de 10% des retraités.
Ce que le gouvernement cherche à économiser
Le déficit de la Sécurité sociale atteint 21,8 milliards d'euros en 2026 et le gouvernement vise 12,7 milliards en 2027. Le gel de toutes les pensions au-dessus du seuil rapporterait au maximum 4,1 milliards d'euros. Le gel des allocations familiales et de l'allocation de rentrée scolaire doit apporter 1,1 milliard, et la réduction des exonérations de cotisations patronales 3,7 milliards.
Une mesure qui peine à trouver une majorité
Seul le groupe EPR soutient ouvertement la désindexation des pensions. La gauche menace de censurer le gouvernement, le RN rejette le texte et LR comme Horizons réclament plutôt des économies sur la dépense publique. Le projet arrive dans l'hémicycle le 20 octobre pour un vote prévu le 27 octobre. Sans vote du Parlement d'ici fin novembre, le gouvernement pourra passer par ordonnance.
Pourquoi c'est important
Une année de revalorisation sous l'inflation ne se rattrape pas d'elle-même, car les hausses suivantes se calculent sur une pension plus basse. Pour les retraités au-dessus de 1 260 euros, la perte de pouvoir d'achat devient durable. Pour les actifs, la mesure rappelle que la pension de base ne suit plus automatiquement les prix, ce qui pèse dans le calcul de l'épargne à constituer pour la retraite.






