Kering (KER), le groupe de luxe propriétaire de Gucci et de Saint Laurent, a annoncé le 9 octobre le départ d'Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent depuis 2016. Mais l'action a terminé la séance en hausse de 2,35%, sur un groupe pourtant en perte.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Neutre |
| Intensité | Modérée |
| Horizon | 6-12 mois |
| Ce que ça touche | Prime de risque, qualité de la demande |
Ce que Kering a annoncé
Kering a confirmé vendredi 9 octobre qu'Anthony Vaccarello quittait Saint Laurent, une information publiée par Bloomberg et Les Echos. Le créateur dirigeait les collections de la maison depuis avril 2016, soit près de dix ans. Son défilé printemps-été 2027 aura été son dernier pour la marque.
Saint Laurent, c'est la maison des sacs, des vestes de smoking et du prêt-à-porter présents dans les boutiques des grandes avenues. C'est l'une des grandes maisons de Kering, aux côtés de Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga.
Le communiqué reste bref. Kering salue un créateur qui a joué un rôle clé dans le développement de la maison, sans donner la raison de son départ ni le nom de son successeur. Il se contente d'annoncer une nouvelle direction créative prochainement. Selon le quotidien The National, ce départ était évoqué depuis plusieurs semaines.
Les comptes du premier semestre 2026 ne détaillent pas le chiffre de Saint Laurent. Kering y regroupe ses maisons de mode dans un pôle Mode et maroquinerie, qui a réalisé 5,80 milliards d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, environ 80% des 7,22 milliards du groupe. Kering écrivait alors que Saint Laurent avait renoué avec la croissance sur le semestre. Le départ intervient donc au moment précis où la maison redémarrait.
Il s'ajoute à une période de transformation pour le groupe, dirigé par Luca de Meo, qui a fermé 84 boutiques en net au premier semestre pour recentrer ses maisons. Gucci, la plus grosse d'entre elles, a encore vu ses ventes reculer de 5% à périmètre comparable sur le semestre, à 2,76 milliards d'euros. Saint Laurent faisait partie des maisons qui tenaient la reprise.

Ce que le prix incorpore déjà
Un directeur artistique ne figure dans aucune ligne des comptes, mais il fabrique ce qui les remplit. C'est lui qui dessine les collections, donc les sacs et les vêtements que les clients viennent chercher en boutique au prix fort. Son départ ouvre une période de transition, le temps qu'un successeur soit nommé et que ses premières collections arrivent en magasin, ce qui prend en général plusieurs saisons.
Ce pouvoir de prix se lit dans la marge brute, ce qui reste des ventes une fois les produits fabriqués. Elle atteint 71,93% chez Kering, contre 43,56% pour l'entreprise type de son secteur, celui du textile et du luxe, c'est-à-dire la médiane de ses 142 sociétés. Sur un sac vendu 100 euros, il reste donc environ 72 euros une fois le produit payé, bien plus que chez le fabricant type du secteur.
Le reste des comptes dit l'inverse. La marge nette, ce qui reste une fois toutes les charges payées, ressort à -2,57% sur douze mois, contre 6,13% pour l'entreprise type de son secteur. Les charges et les intérêts de la dette absorbent toute la marge brute. Le groupe perd donc de l'argent.
Le cours, lui, parie déjà sur des années difficiles. Au prix du 9 octobre, le marché suppose que la trésorerie disponible, l'argent qui reste une fois réglées les dépenses d'exploitation et les investissements, baissera d'environ 5% par an pendant dix ans. Or Kering en dégage aujourd'hui 2,75 milliards d'euros par an, soit environ 10 euros de trésorerie pour 100 euros d'actions, alors même que son résultat comptable est négatif. Le départ du créateur pèse sur la probabilité que la reprise de Saint Laurent tienne pendant la transition.
En clair, le prix actuel parie sur des années difficiles, avec environ 5% de trésorerie en moins chaque année, ce qui laisse une marge si la reprise se confirme. Le départ du créateur pèse donc moins sur ce qui est déjà dans le cours que sur la vitesse à laquelle la maison retrouvera ses clients.
La comparaison détaillée avec les 142 sociétés du sous-secteur permet de mesurer l'écart entre ce que le prix suppose et ce que le groupe dégage.

Un départ annoncé, un titre qui monte
L'action Kering a clôturé vendredi 9 octobre à 211,40 euros sur Euronext Paris, en hausse de 2,35% sur la séance, le jour même de l'annonce. Le marché n'a donc pas sanctionné le départ du créateur, alors que les comptes, eux, restent fragiles.
Ce rebond reste modeste à l'échelle de l'année. Le titre recule de 29,73% depuis le 1er janvier et cote 40,32% sous son plus haut des douze derniers mois, à 354,20 euros. Il évolue tout près de son plus bas annuel, 203,20 euros. Sur deux ans, le parcours a été heurté, entre un creux de clôture à 156,92 euros au printemps 2025 et un sommet de clôture à 344,95 euros le 23 octobre 2025.
Les indicateurs de tendance confirment la pente. L'action se traite 17,86% sous sa moyenne des 200 dernières séances, à 257,36 euros. Son RSI, un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations, ressort à 35,05, dans le bas de l'échelle, sans signal de retournement à ce stade.
Les analystes restent prudents. Sur les 25 qui suivent la valeur, 5 sont positifs, 16 neutres et 4 négatifs. Leur prévision moyenne de bénéfice par action pour 2026 a été abaissée de 3,02% en 90 jours, à environ 6,3 euros. Elle a encore reculé sur les sept derniers jours.
Ce décalage entre une séance en hausse et des prévisions en baisse peut traduire un départ déjà attendu par une partie du marché, après plusieurs semaines de rumeurs. Il reste à savoir ce que la nouvelle direction fera de la maison.

Le point de bascule
Kering publiera son chiffre d'affaires du troisième trimestre vers le 22 octobre, une date encore estimée. Ce trimestre, de juillet à septembre, précède le départ du créateur. Il dira donc l'élan dont disposait Saint Laurent au moment de la transition. Les analystes attendent environ 3,35 milliards d'euros pour le groupe, contre 3,42 milliards un an plus tôt. L'indicateur à suivre est donc le commentaire de Kering sur Saint Laurent et sur la fin de l'année.
Dans le scénario favorable, les ventes dépassent ces 3,35 milliards d'euros et Kering confirme que Saint Laurent a poursuivi sa reprise jusqu'à l'automne. La nouvelle direction créative hériterait alors d'une maison en croissance, et le prix, qui suppose déjà moins de trésorerie chaque année, reposerait sur une hypothèse plus sévère que les chiffres.
Dans le scénario défavorable, les ventes restent sous ce niveau et la maison ralentit. La transition créative s'ajouterait alors à une maison déjà en perte de vitesse et à un groupe en perte. Les prévisions de bénéfice, déjà abaissées depuis trois mois, continueraient alors de baisser. Le choix du successeur deviendrait le principal sujet du dossier.
Tant que le chiffre d'affaires trimestriel tient au-dessus des 3,35 milliards d'euros attendus, le départ du créateur reste une transition à surveiller. S'il passe en dessous, la question devient celle de la reprise de Saint Laurent, sans le créateur qui l'avait portée.

Les données, en clair
- Directeur artistique : le créateur qui dessine les collections d'une maison de mode et fixe son style. Saint Laurent : Anthony Vaccarello, d'avril 2016 au 9 octobre 2026, selon Kering.
- Pôle Mode et maroquinerie : le regroupement des maisons de mode de Kering dans ses comptes. 5,80 milliards d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, sur 7,22 milliards pour le groupe.
- Marge brute : la part des ventes qui reste une fois les produits fabriqués. Kering : 71,93% sur douze mois, contre 43,56% pour la médiane de son sous-secteur, au 10 octobre 2026.
- Marge nette : le bénéfice net divisé par le chiffre d'affaires. Kering : -2,57% sur douze mois, contre 6,13% pour la médiane de son sous-secteur, au 10 octobre 2026.
- Trésorerie disponible : l'argent qui reste une fois réglées les dépenses d'exploitation et les investissements, appelé free cash flow. Kering : 2,75 milliards d'euros sur douze mois, 10,60% de la capitalisation. Le prix suppose une baisse d'environ 5% par an sur dix ans.
- Moyenne mobile sur 200 séances : la moyenne des cours de clôture des 200 dernières séances. Kering : 257,36 euros, au 10 octobre 2026.
- RSI : un indicateur de 0 à 100 qui mesure la vitesse des dernières variations du cours. Kering : 35,05 au 10 octobre 2026.
- Consensus : la moyenne des prévisions des analystes qui suivent la valeur. Kering : 25 analystes, 5 positifs, 16 neutres, 4 négatifs, bénéfice par action 2026 attendu à 6,29 euros, au 10 octobre 2026.






