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ArcelorMittal bondit de 5,64% après UBS, qui parie sur une remontée des prix de l'acier

ArcelorMittal bondit de 5,64% après UBS, qui parie sur une remontée des prix de l'acier

Publié par le 9 min de lecture
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ArcelorMittal (MT), le géant luxembourgeois de l'acier, a bondi de 5,64% vendredi après le relèvement de sa recommandation par UBS, qui vise désormais 71 euros. Mais la note parie sur une remontée des prix de l'acier que les comptes n'intègrent pas encore.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNeutre
IntensitéModérée
HorizonImmédiat
Ce que ça toucheConsensus, Perception

Ce qu'a dit UBS

UBS a relevé vendredi 9 octobre sa recommandation sur ArcelorMittal, de neutre à positive, et porté son objectif de cours de 61 à 71 euros, rapportent Les Echos et Seeking Alpha. La banque suisse anticipe une forte remontée des prix de l'acier européen au cours des six prochains mois, et voit dans le groupe la meilleure exposition à la hausse du prix de la tôle laminée à chaud dans l'Union européenne, selon Les Echos.

ArcelorMittal, c'est l'acier des carrosseries de voitures, des boîtes de conserve et des poutres des bâtiments, produit dans des usines en Europe, dans les Amériques et en Inde.

La note donne un ordre de grandeur. Selon UBS, cité par Investing.com, chaque hausse de 10 euros la tonne du prix de l'acier laminé à chaud ajouterait environ 325 millions de dollars à l'excédent brut d'exploitation du groupe, ce qu'il gagne avant amortissements, intérêts et impôts. C'est un peu moins de 7% de l'excédent brut de toute l'année 2025, qui s'élevait à 4 899 millions de dollars. La même hausse ajouterait environ 250 millions de dollars à la trésorerie générée. Rapportée à la taille du groupe, cette sensibilité explique pourquoi le titre réagit aussi fortement à la moindre variation attendue du prix de l'acier.

UBS juge aussi excessif le repli d'environ 20% subi par le titre le mois précédent. Le groupe a par ailleurs relancé le 6 octobre le haut fourneau de son usine allemande d'Eisenhüttenstadt, signe d'une reprise progressive de la production européenne.

La note reste l'opinion d'une banque sur les prix futurs de l'acier, sans annonce de la société pour l'accompagner, et c'est à ce titre qu'elle doit se lire. Le mouvement a touché toute la sidérurgie européenne, Voestalpine et ThyssenKrupp montant dans la même séance.

EBITDA annuel d'ArcelorMittal de 2006 à 2025, avec des pics près de 20 milliards de dollars en 2007 et 2021, puis 4,9 milliards en 2025.
Un excédent brut d'exploitation de 4,9 milliards de dollars en 2025, quatre fois moins qu'au sommet de 2021 : l'échelle sur laquelle joue la sensibilité chiffrée par UBS.Note : excédent brut d'exploitation annuel en dollars, avant amortissements, intérêts et impôts.Source : comptes d'ArcelorMittal

Ce que le prix incorpore déjà

Une note d'analyste déplace d'abord le niveau à partir duquel la prochaine publication sera lue comme une bonne ou une mauvaise surprise. Et sur ArcelorMittal, la note d'UBS va à contre-courant de ses confrères.

La prévision moyenne de bénéfice par action pour l'exercice en cours a été abaissée de 11,54% en trois mois par les analystes qui suivent le titre. Autrement dit, pendant que le cours montait, les attentes de bénéfice baissaient. UBS parie que ce mouvement va s'inverser avec les prix de l'acier, les autres analystes ne l'ont pas encore suivi. C'est ce décalage que le marché a commencé à trancher vendredi, en donnant raison à UBS le temps d'une séance.

La mécanique est simple pour un sidérurgiste. Ses coûts, du minerai de fer à l'énergie en passant par les salaires, bougent lentement, alors que le prix de l'acier varie d'un mois à l'autre. Quand ce prix remonte, l'essentiel de la hausse tombe directement dans la marge, d'où la sensibilité chiffrée par UBS. Quand il baisse, l'effet joue dans l'autre sens, et c'est ce qui explique les années de pertes que le groupe a déjà connues par le passé.

L'écart entre les prévisions dit l'incertitude. Pour l'exercice en cours, les estimations de bénéfice par action vont de 3,72 à 4,67 dollars, une fourchette large pour une seule année, qui reflète l'incertitude sur les prix de l'acier d'ici décembre.

Le prix, lui, ne se lit pas comme d'habitude. Le free cash flow, la trésorerie qui reste une fois payées les dépenses courantes et les investissements, est légèrement négatif sur douze mois, ce qui empêche de calculer la croissance que le cours suppose. Le repère qui reste est l'histoire du titre. Son multiple de bénéfices se situe au 56e centile de ses cinq dernières années, c'est-à-dire plus cher que dans un peu plus de la moitié des cas, ni bon marché ni excessif face à son passé.

Pour un investisseur particulier, la lecture se résume ainsi. Sur une valeur aussi cyclique, la recommandation d'un analyste pèse moins que le prix de la matière qu'elle vend. UBS ne fait pas monter le prix de l'acier, il parie sur sa hausse, et ce pari se vérifiera dans les marges.

L'analyse complète d'ArcelorMittal confronte ce pari à la rentabilité et au bilan du groupe, dimension par dimension.

Bénéfice par action annuel d'ArcelorMittal de 2006 à 2025, alternant années de bénéfices et années de pertes, puis les prévisions des analystes pour 2026 et 2027 en barres claires.
Un bénéfice par action qui suit le cycle de l'acier, avec des années de pertes entre 2012 et 2015 : c'est ce cycle que la note d'UBS parie voir repartir.Note : bénéfice par action annuel en dollars. Barres claires : prévisions des analystes pour 2026 et 2027.Source : comptes d'ArcelorMittal, consensus des analystes

Ce que le marché en fait déjà

L'action ArcelorMittal a terminé la séance de vendredi 9 octobre à 57,28 euros à Amsterdam, en hausse de 5,64% face à la clôture de la veille, à 54,22 euros. Elle a touché 57,62 euros en cours de séance, après trois jours de baisse qui l'avaient fait passer de 58,24 euros le 6 octobre à 54,22 euros le 8. Aux États-Unis, l'action cotée à New York a gagné 4,6%, selon Seeking Alpha.

Le rebond efface une partie d'un mois difficile. Le titre avait atteint 68,56 euros le 8 septembre, son plus haut des douze derniers mois, avant de reculer d'environ 20% jusqu'à la veille de la note. Il reste 16,45% sous ce sommet, malgré la séance de vendredi.

Sur un an, le parcours reste exceptionnel pour un sidérurgiste. L'action a gagné 61,81%, quand l'action médiane de son sous-secteur progressait de 0,92%. Le marché a donc déjà payé une partie de la reprise attendue, ce qui explique aussi la nervosité du mois de septembre.

Le mouvement de vendredi dépasse ArcelorMittal. Voestalpine et ThyssenKrupp ont progressé dans la même séance, signe que le marché a lu la note comme un pari sur l'ensemble de l'acier européen plutôt que sur un seul groupe. C'est cohérent avec la thèse d'UBS, qui porte sur le prix de la matière avant de porter sur l'entreprise.

Sur les 14 analystes qui suivent la valeur, 11 sont positifs, 3 neutres et aucun négatif. Leur objectif moyen, environ 69 euros, laisse un peu plus de 20% de potentiel face au cours. Avec 71 euros, UBS se situe à peine au-dessus de cette moyenne, et les cibles vont de 54 à 83 euros. Un objectif de cours est une projection à douze mois, et sur une valeur aussi dépendante des prix de l'acier, la fourchette dit plus que la moyenne.

Cours de l'action ArcelorMittal à Amsterdam sur deux ans, autour de 20 à 30 euros fin 2024, puis une hausse jusqu'à près de 69 euros en septembre 2026 et 57,28 euros le 9 octobre 2026, avec l'objectif moyen des analystes en pointillé au-dessus.
Un titre multiplié par plus de deux en deux ans, qui a reculé depuis septembre avant le rebond de vendredi.Note : cours de clôture quotidien, en euros. Pointillé : objectif moyen des analystes.Source : séances quotidiennes d'Euronext Amsterdam sur deux ans

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous tombe le 5 novembre, avec les comptes du troisième trimestre. Le chiffre à surveiller est la marge, aujourd'hui de 2,88% en marge nette sur douze mois, et le commentaire de la direction sur les prix de l'acier en Europe pour la fin d'année.

Scénario favorable, les prix européens remontent comme l'anticipe UBS, la marge progresse dès le quatrième trimestre et les analystes cessent d'abaisser leurs prévisions. Le multiple actuel devient alors le prix d'une reprise déjà engagée.

Scénario défavorable, les prix restent sous pression, notamment face aux importations venues d'Inde et du Brésil, et les prévisions continuent de baisser. Le rebond de vendredi redevient alors un mouvement d'humeur sur une valeur qui avait déjà beaucoup monté.

Tant que les prévisions de bénéfice par action pour l'exercice en cours restent orientées à la baisse, la note d'UBS reste un pari isolé. Si les comptes du 5 novembre montrent une marge en hausse et un flux de trésorerie redevenu positif, ce pari devient la lecture dominante du dossier. Ce que vaut l'action entre ces deux lectures se chiffre dans l'analyse complète.

Marge nette annuelle d'ArcelorMittal de 2006 à 2025, souvent négative entre 2012 et 2020, avec un pic près de 20% en 2021 et un peu plus de 5% en 2025.
Une marge nette qui va du négatif au double chiffre selon le prix de l'acier : la publication du 5 novembre dira dans quel sens elle repart.Note : marge nette annuelle, bénéfice net divisé par le chiffre d'affaires. Valeur affichée : douze mois glissants.Source : comptes d'ArcelorMittal

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