Le classement officiel du Ballon d'Or 2026, tombé le lundi 26 octobre à 23h51 (heure de Paris), place Harry Kane devant Kylian Mbappé, Lamine Yamal, Rodri et Lionel Messi, dans l'ordre exact parié par 12 comptes Polymarket créés pour l'occasion. Upside avait révélé ces paris le 23 octobre puis confirmé au lendemain de la cérémonie que le classement était identique.
Une première analyse des paris avait permis de détecter 264 000 dollars misés par ces comptes, pour près de 200 000 dollars de gains. Une analyse complémentaire de leurs transferts sur la blockchain a permis de retracer environ 309 000 dollars déposés sur Polymarket, puis environ 500 000 dollars retirés après la cérémonie. Ces traces montrent d'où venaient les fonds, où ils sont partis et quelles plateformes peuvent connaître les titulaires des comptes. L'ensemble de ces données a été recoupé adresse par adresse avec l'analyse indépendante de Léo Jouanny.
Un classement parié après la clôture du vote
Le premier des 12 comptes est créé le 1er octobre, 3 jours après la clôture du vote du jury le lundi 28 septembre. Les autres suivent au fil du mois. Ensemble, ils misent sur la victoire de Kane et sur l'ordre exact du top 5 avec Mbappé 2e, Yamal 3e, Rodri 4e et Messi 5e. L'annonce officielle leur a donné raison sur chaque place.
La reconstitution ci-dessous montre l'évolution des cotes sur Polymarket entre le 1er et le 22 octobre. Sur le marché du vainqueur, Kane passe de 43% à 77%. Le pari « Mbappé devant Yamal » grimpe dans le même temps de 19% à 72%.
309 000 dollars déposés, 500 000 dollars retirés
Les 12 comptes ont déposé environ 309 000 dollars sur Polymarket et en ont retiré environ 500 000 dollars après l'annonce, soit près de 190 000 dollars de plus que l'argent apporté au départ. Tout l'argent déposé n'a pas été parié, ce qui explique l'écart avec les 264 000 dollars misés.
Le premier retrait arrive 19 minutes après l'annonce du classement et 374 000 dollars ont déjà quitté la plateforme 3 heures plus tard. La vidéo suit cet argent compte par compte, des sources qui ont financé les paris jusqu'aux portefeuilles de sortie.
Des comptes financés dès leur création
La plupart de ces comptes reçoivent leur argent dans les minutes qui suivent leur création. Ils ne parient ensuite presque que sur le Ballon d'Or. Plusieurs des portefeuilles qui les alimentent n'avaient pas la moindre activité avant octobre.
3 groupes de comptes, aucun lien prouvé entre eux
L'analyse des transferts répartit les 12 comptes en 3 groupes, sans qu'aucun transfert d'argent n'ait été trouvé d'un groupe à l'autre. Rien ne permet donc de dire s'il s'agit d'une seule personne ou de plusieurs personnes qui partageaient la même information.
Le groupe A apporte 68% des dépôts, le groupe B 22% et le groupe C, celui de kraben006, environ 10%. Depuis la cérémonie, 2 comptes ont changé de nom sur Polymarket, avec kraben006 devenu « Edgarblade » et Zoomman17 devenu « Atlfalcons7 ».
Dans le groupe de kraben006, les liens sont prouvés
Le groupe C réunit 4 comptes, kraben006, brace227, firefooxx et Zoomman17, dont 3 sont reliés par des transferts directs et visibles par tous sur la blockchain. Le portefeuille de brace227 a payé les frais de transaction de celui de kraben006. Il a aussi financé firefooxx, dont les gains reviennent ensuite sur ce même portefeuille.
2 comptes qui fonctionnent comme des jumeaux
Dans un autre groupe, 2 comptes suivent exactement le même chemin, payés par le même service et passant par le même circuit pour brouiller l'origine des fonds. Ils retirent ensuite leurs gains à 93 secondes d'écart. Aucun transfert direct ne relie ces 2 comptes, donc le lien reste une forte présomption à ce stade mais pas une preuve formelle.
Certains bougent jusqu'à la dernière minute
Le jour de la cérémonie, OuldLm3alem dépose encore 32 781 dollars sur son compte, puis teste un envoi d'argent vers une autre blockchain 70 minutes avant l'annonce. kraben006 ajuste de son côté une position 21 minutes avant le classement.
kraben006, le seul à avoir parié le top 5 complet
Parmi les 12 comptes, kraben006 est le seul à avoir misé sur les 5 places exactes. Il prend Kane vainqueur dès le 1er octobre, Mbappé 2e et Yamal 3e le 19, puis Rodri 4e et Messi 5e le 21. Il engage environ 14 000 dollars sur ces 5 paris, dont 10 500 dollars sur Kane et 3 200 dollars sur les 4 places. 2 comptes d'un autre groupe ont pris les places 2 à 5, sans jamais parier sur la victoire de Kane.
La reconstitution ci-dessous montre son activité le 19 octobre à 23h07 (heure de Paris), quand il revend une partie de son pari sur Kane à 68 centimes pour acheter la 3e place de Yamal à 59 centimes.
Il est aussi le premier à parier et celui qui paie le moins cher, avec Kane acheté le 1er octobre autour de 35 centimes puis « Mbappé devant Yamal » le 2 octobre entre 13 et 20 centimes, pour une centaine de dollars. Le groupe B n'arrive que le 9 octobre et le groupe A à partir du 12. Le groupe C achète entre 13 et 43 centimes, contre 48 centimes pour le groupe B et 51 à 71 centimes pour le groupe A.
Les 4 comptes du groupe C ont déposé ensemble 31 000 dollars sur les 309 000 dollars et gagné 32 000 dollars sur le Ballon d'Or. L'essentiel vient des paris « Kane vainqueur » et « Mbappé devant Yamal ».
D'autres parieurs avaient vu juste
Ces 12 comptes ne sont pas les seuls gagnants, puisque 42 portefeuilles ont acheté les 4 bonnes places avant l'annonce pour environ 95 000 dollars. La plupart sont de petits parieurs entrés le jour de la cérémonie, 3 jours après la première enquête d'Upside. Une partie d'entre eux a probablement suivi ces révélations.
Le jour de la cérémonie, chaque place cotait autour de 60%, ce qui faisait déjà de ce scénario le favori. Avoir eu raison ne prouve donc pas une fuite à lui seul. Les 12 comptes se distinguent surtout parce qu'ils ont parié dès le 1er octobre avec des sommes importantes et des circuits de financement inhabituels.
Plus de 300 000 dollars n'ont pas bougé
L'essentiel des gains dort encore sur les portefeuilles qui ont reçu les retraits, soit plus de 300 000 dollars. Le reste est parti vers 2 plateformes non identifiées et vers un compte Revolut.
Des plateformes connaissent les titulaires
Polymarket ne vérifie pas l'identité de ses utilisateurs, mais plusieurs comptes ont été financés depuis des plateformes qui l'exigent de leurs clients, comme KuCoin, Binance, Kraken, Revolut, HTX, MEXC et Gate.io. Ces plateformes ne communiquent l'identité de leurs clients qu'aux autorités.
Deblock, la piste française
Le parieur derrière kraben006 est aussi passé par une application financière française, Deblock. En janvier 2026, environ 250 dollars arrivent sur son portefeuille depuis un compte Deblock. Ce sont les toutes premières transactions de ce portefeuille, bien avant le Ballon d'Or. Aucun autre des 12 comptes n'a reçu d'argent par ce canal.
Ces fonds viennent d'une adresse rattachée à Deblock selon notre analyse et selon les données d'Etherscan, l'explorateur public de la blockchain Ethereum, qui identifie ce portefeuille comme celui de la société. Un transfert parti de cette adresse correspond donc à un envoi effectué depuis l'application Deblock.
Deblock est donc en mesure de retrouver le client qui a envoyé ces fonds depuis son application, même si elle ne communique l'identité de ses clients qu'aux autorités. Les gains de kraben006, environ 15 000 dollars, dorment toujours sur ce portefeuille.
Ce qui reste inconnu
Le nom des personnes derrière ces comptes reste inconnu, tout comme l'origine de l'information. Rien ne dit non plus si les 3 groupes ne font qu'un.
Un compte Polymarket reste anonyme tant que son argent ne passe pas par une plateforme qui vérifie l'identité. Pour plusieurs de ces comptes, ce passage a eu lieu. Si une enquête est ouverte, les autorités disposent donc d'une piste concrète pour remonter jusqu'aux titulaires.
Pour aller plus loin
Upside revient en détail sur cette affaire dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube. Elle donne la parole à Daniel Riolo (éditorialiste et chroniqueur de RMC), à Jean-Louis Tourre (rédacteur en chef football de RMC Sport) et au journaliste d'investigation Romain Molina.
Merci à Léo Jouanny pour son analyse indépendante, qui a permis de révéler cette affaire.





