Un pari concentré sur les actions chinoises cotées à Hong Kong
Michael Burry, l'investisseur rendu célèbre par son pari contre les subprimes dans The Big Short, a renforcé sa position sur BYD, le constructeur de voitures électriques. Selon le suivi burrytracker, il conserve par ailleurs l'ensemble de ses autres titres chinois : JD.com et Meituan côté commerce en ligne et livraison de repas, Tencent, maison mère de WeChat et Haidilao, la chaîne de restaurants de fondue chinoise. Son diagnostic est tranché : la Bourse de Hong Kong est très sous-évaluée.
Ce positionnement s'inscrit dans une logique de valeur à contre-courant. Burry est connu pour prendre des paris concentrés sur des marchés que le consensus juge peu attractifs et Hong Kong cumule depuis plusieurs années les sorties de capitaux étrangers ainsi que la défiance des investisseurs institutionnels occidentaux. Choisir de renforcer une position dans ce contexte, plutôt que de la réduire, constitue en soi un signal fort sur la lecture que Burry fait du rapport entre prix et valeur intrinsèque de ces actifs.
La composition du portefeuille mérite d'être lue dans le détail. BYD représente le pari sur la transition vers le véhicule électrique en Chine, un secteur où la compétition locale est intense mais où le groupe s'est imposé comme un acteur de premier plan. JD.com et Meituan couvrent deux segments distincts de l'économie numérique chinoise : le commerce en ligne d'un côté, la livraison de repas et les services à la demande de l'autre. Tencent, via WeChat, occupe une position centrale dans les usages quotidiens de centaines de millions d'utilisateurs. Haidilao, enfin, représente un pari sur la consommation intérieure chinoise à travers la restauration. Ces cinq noms forment un ensemble cohérent : des entreprises ancrées dans la demande domestique chinoise, cotées à Hong Kong et que Burry juge collectivement bradées par le marché.
Alibaba tenu à l'écart, deux conditions posées
Une absence pèse dans ce portefeuille : Alibaba. Burry n'a pas intégré le géant du commerce en ligne et les raisons sont précises. Il attend que le cours revienne vers 70 dollars de Hong Kong, ou que le groupe cesse d'émettre de nouvelles actions pour financer ses ambitions dans l'intelligence artificielle. Cette dilution actionnariale constitue, à ses yeux, un frein suffisant pour rester sur la touche.
La distinction est révélatrice de sa méthode : même dans un marché qu'il juge globalement bon marché, Burry applique des filtres stricts titre par titre. BYD, Tencent ou Haidilao passent le test ; Alibaba, dans sa configuration actuelle, ne le passe pas. Le problème identifié n'est pas la qualité de l'entreprise en tant que telle, mais la mécanique financière en cours : lorsqu'un groupe émet régulièrement de nouvelles actions, il transfère une partie de la valeur existante vers de nouveaux actionnaires, ce qui érode mécaniquement la part revenant aux porteurs actuels. Burry pose donc deux conditions claires avant d'envisager une entrée : soit le prix baisse suffisamment pour compenser ce risque de dilution, soit Alibaba met fin à cette politique d'émission.
Le signal envoyé aux investisseurs qui suivent ses mouvements est double : Hong Kong mérite l'attention, mais pas à n'importe quel prix ni sur n'importe quel dossier. Cette granularité dans l'analyse, qui conduit à inclure quatre noms chinois tout en excluant explicitement le cinquième le plus connu, illustre une discipline de sélection qui va au-dela du simple pari macroeconomique sur la sous-evaluation de la place hongkongaise.










