Un chiffrage spectaculaire, mais partiel
Gabriel Gaspard, spécialiste de l'économie financière, avance que l'État a renoncé à 929 milliards d'euros de recettes entre 2018 et 2025. Quatre postes concentrent l'essentiel du coût annuel estimé : la baisse du taux d'impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% (environ 30 milliards d'euros par an), la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en allègements de cotisations patronales (environ 20 milliards nets), la suppression de la taxe d'habitation (18,7 milliards) et le passage de l'ISF à l'IFI couplé à la création du prélèvement forfaitaire unique (12 milliards). Sur la même période, la dette publique a effectivement progressé de 2 218,4 à 3 460,5 milliards d'euros.
Le raisonnement repose sur une hypothèse forte : que les taux d'imposition antérieurs auraient produit les mêmes recettes, quelle que soit la conjoncture. C'est précisément là que le bât blesse.
La courbe de Laffer s'invite dans le débat
L'impôt sur les sociétés illustre le problème. Son taux a bien été ramené de 33,3% à 25%, mais ce qu'il a effectivement rapporté a progressé de 35,5 à 62,1 milliards d'euros entre 2017 et 2022, en partie grâce à l'inflation et à l'extinction progressive du CICE. La courbe de Laffer décrit ce mécanisme : taxer davantage ne garantit pas de percevoir davantage et inversement, un taux plus bas peut élargir l'assiette ou réduire l'optimisation fiscale.
Autrement dit, le « manque à gagner » calculé par Gaspard suppose que chaque euro de taux supprimé est un euro de recette perdu à l'identique. Les chiffres réels de l'IS contredisent cette hypothèse sur la période retenue.
Trois moteurs de la dette absents du tableau
La tribune passe également sous silence plusieurs facteurs qui pèsent lourd dans l'accumulation de la dette. Les dépenses publiques françaises atteignaient 57,1% du PIB en 2024, contre 49,6% en moyenne en zone euro : un écart structurel de près de huit points. Le Covid et la crise de l'énergie ont à eux seuls contribué à alourdir la dette d'environ 700 milliards d'euros sur la période. Enfin, la charge des intérêts est passée de 52,9 à 60,2 milliards d'euros entre 2023 et 2024, un poste qui s'auto-alimente à mesure que le stock de dette grossit.
Réduire la trajectoire de la dette à des choix fiscaux délibérés, sans intégrer ces trois variables, produit un diagnostic incomplet. La question des recettes est réelle, mais elle ne peut pas être dissociée d'un niveau de dépenses publiques qui reste le plus élevé de la zone euro.
Pourquoi c'est important pour vos actifs
- $EUR▼ Baissier
Sens qualitatif, sans prévision de prix. Source : nos modèles de corrélation historique.
Une instabilité budgétaire persistante en France pèse sur l'euro, selon nos modèles de corrélation historique : les marchés de prédiction donnaient à 56% la probabilité que la France adopte un budget avant fin décembre et à 8% celle d'un défaut d'ici fin 2027. Sur les actifs libellés en euros, un contexte de finances publiques dégradées tend à affaiblir la devise commune, ce qui renchérit mécaniquement les importations et complique la tâche de la BCE. Ce mécanisme ne constitue pas un conseil d'achat ou de vente, mais il rappelle que la trajectoire budgétaire française reste un facteur de risque concret pour quiconque détient des actifs exposés à l'euro.








