Aller au contenu principal
TSMC suspend une partie de ses chantiers à Taïwan après un accident qui a tué quatre ouvriers

TSMC suspend une partie de ses chantiers à Taïwan après un accident qui a tué quatre ouvriers

Publié par le 8 min de lecture
Partager
Ajoutez-nous à vos favoris

TSMC (2330), le fabricant taïwanais qui grave les puces conçues par d'autres, a suspendu ses travaux de structure métallique sur ses chantiers à Taïwan après la mort de quatre ouvriers à Kaohsiung. Mais l'enjeu pour ses comptes tient au calendrier de ses nouvelles usines, que finance une trésorerie de 120,93 milliards de dollars.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNégatif
IntensitéFaible
Horizon6-12 mois
Ce que ça touchePrime de risque, Calendrier des usines

Un accident mortel sur le chantier de la Fab 22

Mardi 20 octobre en fin d'après-midi, quatre ouvriers d'un sous-traitant local ont fait une chute mortelle sur le chantier de la Fab 22, la future usine de TSMC à Kaohsiung, dans le sud de Taïwan. Selon le Taipei Times, des boulons ont cédé sur une plaque de liaison d'une structure métallique extérieure, au troisième étage, pendant une opération de levage. Trois ouvriers sont morts le soir même, le quatrième le lendemain matin en soins intensifs.

Les pompiers de Kaohsiung ont été alertés à 16h53, sur ce site du district de Nanzih situé dans le parc scientifique du sud de Taïwan.

TSMC a suspendu toutes les opérations sur ce chantier. Selon Bloomberg, qui a publié l'information mercredi 21 octobre, le groupe et son sous-traitant ont aussi arrêté les travaux de structure métallique similaires sur l'ensemble de ses chantiers à Taïwan, le temps de l'enquête. Ces travaux consistent à monter l'ossature en acier des bâtiments, avant l'installation des machines de production. Le bureau du parc scientifique du sud de Taïwan a envoyé des inspecteurs du travail pour établir la cause et les responsabilités.

TSMC fabrique les puces que d'autres entreprises conçoivent, celles des smartphones, des voitures et des serveurs qui font tourner l'intelligence artificielle. À Kaohsiung, il construit ses prochaines usines.

La Fab 22 doit produire des puces gravées en 2 nanomètres et dans des procédés plus avancés encore. La phase 4 du site doit être achevée l'an prochain. Le groupe n'a donné aucune estimation de l'effet de l'arrêt sur ce calendrier, ni sur sa production actuelle, qui sort d'autres usines.

Ces chantiers s'inscrivent dans un programme d'investissement que la direction a maintenu le 15 octobre entre 60 et 64 milliards de dollars pour 2026. Ce montant représente environ 40% des 151,46 milliards de dollars de chiffre d'affaires réalisés sur les douze derniers mois. La veille de l'accident, le groupe venait de relever sa prévision de croissance pour l'année.

Chiffre d'affaires annuel de TSMC en dollars taïwanais depuis 1998, en forte hausse depuis 2020, avec les prévisions des analystes pour 2026 et 2027.
Le chiffre d'affaires a changé d'échelle depuis 2020, et les nouvelles usines doivent porter les deux prochaines années.Source : comptes publiés de TSMC, consensus des analystes

Un bilan qui absorbe un retard de chantier

Un arrêt de chantier pèse d'abord sur la prime de risque, c'est-à-dire le rendement supplémentaire qu'un acheteur exige pour détenir le titre. Il pèse aussi sur le moment où les nouvelles capacités entreront en production. Un chantier à l'arrêt ne coupe aucune production existante, il décale le moment où une nouvelle usine commence à produire et à facturer. Pour l'actionnaire, tout tient aux moyens du groupe pour encaisser ce décalage.

La trésorerie de TSMC atteint 120,93 milliards de dollars, soit 408,43% de sa dette brute, plus de quatre fois ce qu'il doit. Son résultat couvre 156,51 fois les intérêts qu'il paie. Un retard de quelques mois sur une partie des chantiers ne crée donc aucune tension financière.

Le free cash flow, la trésorerie qui reste une fois les dépenses et les investissements payés, rend 2,39% de la valeur en Bourse, soit environ 2,4 dollars par an pour 100 dollars investis dans l'action. La médiane des 395 sociétés de semi-conducteurs de son sous-secteur n'en rend que 0,38%.

Le même calcul, pris à l'envers, part du cours et remonte à la croissance de cette trésorerie qu'un acheteur retient sans le dire. Au cours du 21 octobre, le prix suppose qu'elle progresse d'environ 14,7% par an pendant dix ans. Ce rythme dépend directement de la mise en service des usines en construction, à Kaohsiung comme sur les autres chantiers du groupe à Taïwan.

C'est moins que les 23,25% de croissance annuelle du chiffre d'affaires sur cinq ans. La comparaison de TSMC avec les 395 sociétés de son sous-secteur détaille cet écart entre valorisation, rentabilité et solidité financière.

Rendement annuel des flux de trésorerie disponibles de TSMC rapportés à sa valeur en Bourse depuis 2006, entre 2% et 5% ces dernières années.
La trésorerie disponible rapportée à la valeur en Bourse se maintient malgré la forte hausse du cours.Source : comptes publiés de TSMC

Une action qui ne bouge presque pas

L'action TSMC a clôturé à 2420 dollars taïwanais mercredi 21 octobre à Taipei, en hausse de 0,62% sur la veille. Elle a évolué entre 2400 et 2435 dollars taïwanais pendant la séance, et reste 6,56% sous son plus haut de 2590 dollars taïwanais atteint le 6 octobre. Il avait reculé de 2490 à 2440 dollars taïwanais le jour de ses résultats, le 15 octobre.

Le titre gagne 56,13% depuis le 1er janvier, de 1550 dollars taïwanais au 31 décembre. Il évolue 12,16% au-dessus de sa moyenne des 200 dernières séances, le cours moyen des quelque dix derniers mois de Bourse. Le RSI à 14 jours, un indicateur qui compare la force des hausses récentes à celle des baisses, ressort à 39,48, loin du seuil de 70 au-delà duquel un titre est jugé acheté trop vite.

Sur les 35 analystes qui suivent la valeur, 34 sont positifs, 1 neutre et aucun n'est négatif. Leur objectif moyen ressort à environ 3390 dollars taïwanais, soit un écart d'environ 40% avec le cours actuel. Les objectifs individuels vont de 2650 à 5000 dollars taïwanais.

Le groupe verse un dividende trimestriel, dont le dernier, de 7 dollars taïwanais par action, a été payé le 8 octobre. Il rapporte 0,99% par an au cours actuel, contre 0,23% pour la médiane du sous-secteur. Mercredi, 23,9 millions d'actions ont changé de mains, contre 17,1 millions la veille.

Le cours et la news ne racontent pas tout à fait la même histoire ce mercredi. L'accident ouvre une enquête et arrête une partie des chantiers, mais le marché n'y voit aucun effet sur les comptes à ce stade. Les investisseurs regardent la demande de puces pour l'intelligence artificielle, confirmée par le relèvement de prévisions de la semaine dernière.

Cours de l'action TSMC à Taipei en dollars taïwanais sur deux ans, multiplié par plus de deux depuis le printemps 2025 avec un léger repli en octobre 2026.
Le cours reste proche de ses sommets malgré le repli d'octobre, sans réaction marquée à l'accident.Source : cours de Bourse

Le point de bascule

La première échéance est la reprise des travaux de structure métallique et les conclusions de l'inspection du travail, dont aucune date n'est connue. La seconde est la publication des comptes du quatrième trimestre, attendue vers le 14 janvier 2027, une date encore estimée, où la direction fera le point sur ses investissements et ses nouvelles usines. Les analystes attendent pour ce trimestre un bénéfice par action d'environ 33 dollars taïwanais, après le relèvement à environ 44% de la croissance visée pour 2026.

Tant que les chantiers reprennent dans les prochaines semaines et que les investissements de 2026 restent dans la fourchette de 60 à 64 milliards de dollars, le calendrier de la Fab 22 tient. Le multiple de 21,72 fois les bénéfices attendus reste alors celui d'un groupe payé moins cher que son secteur, à 25,32.

Si l'arrêt se prolonge au point de décaler la phase 4 de la Fab 22 prévue l'an prochain, la montée en puissance du 2 nanomètres glisserait. Un PER parmi les 5% les plus élevés de ses cinq dernières années laisserait alors peu de marge pour absorber un retard de croissance. L'inspection du travail peut aussi déboucher sur des sanctions, dont le montant resterait faible face à la trésorerie du groupe.

Flux de trésorerie disponible annuel de TSMC sur les dernières années, en forte hausse malgré des investissements élevés.
La trésorerie disponible progresse malgré le poids des investissements dans les nouvelles usines.Source : comptes publiés de TSMC

Actifs corrélés

Suivez le cours et nos analyses pour chaque actif lié.

Actifs impactés

Données via Hyperview

À lire ensuite