Take-Two Interactive (TTWO), l'éditeur de Grand Theft Auto, aurait déjà enregistré plus de 600 millions de dollars de précommandes pour GTA 6. Mais son action a touché 183,86 dollars le 30 octobre en séance, son plus bas de l'année.
L'impact en un coup d'oeil
| Direction | Positif |
| Intensité | Modérée |
| Horizon | Immédiat |
| Ce que ça touche | Chiffre d'affaires, qualité de la demande |
Un montant que Take-Two n'a jamais publié
Le Monde écrit dans un reportage du 1er novembre que le sixième volet de Grand Theft Auto, attendu le 19 novembre, a démarré très fort avec 600 millions de dollars de précommandes. La partie de l'article en accès libre ne donne pas l'origine de ce montant. L'estimation la plus proche vient de Sensor Tower, une société d'analyse de marché, qui comptait au 20 octobre 630 millions de dollars pour environ 6,45 millions d'exemplaires sur PlayStation et Xbox.
Take-Two, c'est l'éditeur de Grand Theft Auto et de Red Dead Redemption sous le label Rockstar Games, mais aussi des jeux de basket NBA 2K et de jeux mobiles installés sur des millions de téléphones comme Words With Friends ou Toon Blast.
Ni Take-Two ni Rockstar n'ont publié de montant. Strauss Zelnick, le directeur général de la société, a seulement qualifié le niveau des précommandes de « sans précédent » lors de la présentation des résultats du 7 août. Il a précisé que ces commandes pouvaient encore être annulées et qu'aucun exemplaire n'était vendu à ce stade. Il a ensuite indiqué sur CNBC que la demande dépassait les attentes de la société, y compris pour l'édition à 100 dollars.
Les 630 millions de dollars estimés représentent un peu plus d'un mois de chiffre d'affaires de Take-Two, sur la base des 6 686,50 M USD réalisés en douze mois. La vente réelle du jeu commence dans dix-sept jours et c'est elle qui comptera. Newzoo, une autre société d'études, projette entre 3,3 et 5,2 milliards de dollars de ventes sur la seule semaine de lancement, une fourchette qui mesure surtout l'incertitude autour de ce chiffre.

Ce que le prix suppose déjà
Les précommandes alimentent d'abord le trimestre de la sortie, celui d'octobre à décembre. Les analystes y attendent déjà environ 3,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires, près du double d'un an plus tôt. Une forte demande avant la sortie rend ce chiffre plus crédible et c'est ce qui justifie une lecture positive de la nouvelle.
La direction vise 8 à 8,2 milliards de dollars de réservations nettes sur l'exercice clos fin mars 2027, c'est-à-dire la valeur des ventes au moment où le joueur paie, avant l'étalement comptable. Elle a confirmé cet objectif le 7 août. Les précommandes estimées en représentent moins d'un dixième et un jeu de ce calibre se vend aussi dans les mois qui suivent sa sortie. Le montant confirme donc une trajectoire que les analystes intègrent déjà dans leurs prévisions.
Le cours, lui, regarde bien plus loin que ce trimestre. Le calcul de la croissance implicite part du prix payé aujourd'hui et remonte à ce qu'il faudrait réaliser pour le justifier. À la clôture du 30 octobre, il suppose que le free cash flow, l'argent qui reste une fois payés le fonctionnement et les investissements, croît de 27,10% par an pendant dix ans. Le chiffre d'affaires de la société a progressé de 14,56% par an sur cinq ans. Le prix demande donc près du double et sur une décennie entière.
Les précommandes changent la probabilité de réussir la première marche de ce parcours. Les années suivantes dépendront de la durée de vie du jeu, de ses achats intégrés et des titres qui prendront le relais. Un lancement réussi reste donc une condition nécessaire et il couvre une seule des dix années que le prix anticipe.
Ce flux rapporte aujourd'hui 0,95% du prix de l'action, soit moins d'un dollar par an pour 100 dollars investis, contre 5,66% pour l'éditeur médian des 74 sociétés cotées du jeu vidéo. L'acheteur paie donc l'après-lancement bien plus que les comptes actuels. La comparaison avec les 74 sociétés du secteur situe chacun de ces ratios face aux concurrents.

Le cours décroche du secteur
À la clôture du vendredi 30 octobre, l'action valait 190,17 dollars, après un passage à 183,86 dollars en séance. Elle perd 24,77% sur un an et 25,72% depuis le 1er janvier. Elle se situe 28,49% sous son plus haut des 52 dernières semaines.
Le 9 octobre, Take-Two reculait encore un peu moins que ses concurrents sur un an. L'écart s'est retourné en trois semaines. L'éditeur médian du secteur perd désormais 14,43% sur un an, soit une dizaine de points de moins que Take-Two, dont le cours a abandonné 10,90% depuis le 9 octobre.
La séance la plus nette de ce mouvement date du 13 octobre, avec 4,07% de baisse à la clôture. Ce jour-là, selon le site 24/7 Wall St, Wells Fargo a abaissé ses estimations de court terme tout en gardant un avis favorable et un objectif de 300 dollars. La banque vise les ventes de NBA 2K, les dépenses récurrentes des joueurs et le mobile. Elle attend aussi une prévision du trimestre de décembre sous le consensus.
Wells Fargo compte en revanche sur des ventes de GTA VI nettement supérieures à ce que suppose l'objectif annuel de la société.
Ces dépenses récurrentes, les achats réalisés dans les jeux déjà sortis, ont pesé 5 196,60 M USD sur les 6 656,40 M USD de chiffre d'affaires du dernier exercice, près de huit dollars sur dix. Le 28, le 29 et le 30 octobre ont encore retiré 5,52% au cours, sans communiqué de la société recensé sur ces trois séances.
Sur les 29 analystes qui suivent la valeur, 28 sont positifs et un seul est négatif. Leur objectif moyen s'établit à environ 285 dollars, soit un potentiel d'environ 50% selon le consensus, avec des cibles qui vont de 170 à 330 dollars. Ils ont pourtant ramené le bénéfice comptable attendu sur l'exercice de 1,84 à 1,72 dollar par action en une semaine.
Le titre évolue 13,49% sous sa moyenne des 200 dernières séances, le cours moyen sur environ dix mois de Bourse. Son RSI, un indicateur qui mesure sur 100 l'intensité des mouvements récents, ressort à 31,64, tout près du seuil de 30 souvent associé à un titre survendu.

Le point de bascule
Le prochain rendez-vous tombe le 9 novembre après la clôture de Wall Street, dix jours avant la sortie. La publication couvrira le trimestre clos fin septembre, pour lequel la direction attend entre 1,62 et 1,67 milliard de dollars de réservations nettes. Le chiffre décisif sera sa prévision pour le trimestre de décembre, face aux environ 3,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires attendus par les analystes. Un premier montant officiel de précommandes départagerait aussi les estimations et donnerait enfin aux actionnaires un chiffre signé par la société.
Tant que la direction maintient le 19 novembre et son objectif de 8 à 8,2 milliards de dollars de réservations nettes, le repli du cours porte sur le reste du catalogue et sur le prix demandé, pas sur le jeu.
Si la prévision du trimestre de décembre ressort nettement sous les 3,4 milliards de dollars attendus ou si la date de sortie bouge, la croissance de 27,10% par an que suppose le prix perd son année de démarrage et les précommandes ne suffiront plus à soutenir la lecture positive.







