Points clés
- Jean Meyer (Deblock), Damien Patureau (Lyzi) et Pierre Morizot (Waltio) ont publié une tribune dans Le Monde le 18 mai 2026 pour demander la taxation des échanges entre cryptomonnaies et stablecoins.
- En contrepartie, ils proposent d'abandonner le calcul de la plus-value sur l'ensemble du portefeuille, une règle qui complique chaque paiement en crypto, même de 10 euros.
- L'Adan, par la voix de sa directrice générale Claire Balva, s'y oppose : taxer ce passage pousserait les utilisateurs vers l'USDT plutôt que vers l'EURC.
- Le marché de prédiction donnait 50% de chances que la France adopte un budget national d'ici le 31 décembre, rendant l'issue du débat fiscal incertaine.
Une tribune pour changer les règles avant le budget
À quelques semaines du débat budgétaire, trois dirigeants de la crypto française ont choisi Le Monde pour porter leur proposition. Jean Meyer (Deblock), Damien Patureau (Lyzi) et Pierre Morizot (Waltio) ont publié cette tribune le 18 mai 2026 pour demander que le passage d'une cryptomonnaie vers un stablecoin devienne un fait générateur d'imposition. Aujourd'hui, cette opération est totalement exonérée : seul le retour en euros déclenche l'impôt sur la plus-value.
Leur logique repose sur un échange explicite avec Bercy. En contrepartie de cette nouvelle taxation, ils proposent d'abandonner la règle du calcul de la plus-value sur l'ensemble du portefeuille. Ce mécanisme, propre au régime fiscal crypto en France, oblige à recalculer la valeur globale de tous ses actifs à chaque cession, y compris pour un paiement de 10 euros en crypto. Une contrainte qui freine concrètement l'usage quotidien des cryptomonnaies comme moyen de paiement, en imposant une charge administrative disproportionnée à chaque transaction du quotidien. Les échanges de crypto à crypto, eux, resteraient exonérés dans ce schéma.
L'idée centrale est donc de déplacer le curseur fiscal : plutôt que d'attendre le retour en monnaie fiduciaire pour constater la plus-value, l'impôt serait déclenché dès la conversion vers un stablecoin, moment où l'utilisateur cristallise en pratique la valeur de son actif. En échange, la simplification du calcul de la plus-value rendrait les petits paiements en crypto viables au quotidien, sans que chaque transaction n'impose de reconstituer l'intégralité de la valeur du portefeuille.
L'Adan campe sur la ligne du retour en euros
L'Association pour le développement des actifs numériques (Adan) rejette la proposition. Sa directrice générale, Claire Balva, défend une position de principe : l'impôt doit intervenir au moment du retour en euros, pas avant. Taxer le passage vers un stablecoin reviendrait, selon elle, à pénaliser une étape intermédiaire qui ne constitue pas encore une sortie du système crypto. Un stablecoin reste, dans cette lecture, un actif numérique à part entière et non une conversion en monnaie traditionnelle.
L'argument opérationnel avancé par l'Adan est direct et concret : si détenir un stablecoin devient fiscalement coûteux, les utilisateurs se tourneront vers l'USDT, stablecoin libellé en dollars, plutôt que vers l'EURC, son équivalent en euros. Ce glissement de comportement produirait un résultat inverse à l'objectif affiché de renforcer la souveraineté monétaire européenne dans l'écosystème numérique. En d'autres termes, vouloir élargir l'assiette fiscale sur les stablecoins pourrait accélérer la dollarisation des usages crypto en France, au détriment des instruments libellés en euros.
Le marché de prédiction donnait, au moment du tweet, 50% de chances que la France adopte un budget national d'ici le 31 décembre : le calendrier parlementaire reste donc incertain et l'issue de ce débat fiscal avec lui. Ce contexte d'incertitude budgétaire explique en partie l'urgence ressentie par les trois signataires de la tribune, qui cherchent à peser sur les arbitrages avant que la fenêtre législative ne se referme.
Le clivage entre les deux camps reflète une tension structurelle au coeur de la fiscalité crypto française : comment simplifier la vie des utilisateurs et encourager les usages de paiement, sans créer de nouvelles frictions qui renforcent la domination du dollar dans les flux numériques en Europe. La réponse à cette question dépendra autant des choix politiques de Bercy que du calendrier parlementaire, lui-même suspendu à des équilibres fragiles.










