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Fraude à la Sécu : 18 centres de santé auraient facturé 58 millions d'euros de soins fictifs, 7 personnes mises en examen

Fraude à la Sécu : 18 centres de santé auraient facturé 58 millions d'euros de soins fictifs, 7 personnes mises en examen

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Un réseau de 18 centres, des actes fantômes et un dentiste mort

Dix-huit centres de santé, majoritairement dentaires, auraient facturé 58 millions d'euros de soins fictifs à l'Assurance maladie. C'est le dossier mis en lumière par l'enquête de Micode, « Comment frauder la Sécu ? », publiée sur sa chaîne YouTube. Le mécanisme décrit est d'une simplicité déconcertante : des structures créent de toutes pièces des actes médicaux, les déclarent auprès de l'Assurance maladie et encaissent les remboursements correspondants, sans que les soins aient jamais été réalisés. Parmi les faits les plus frappants relevés par l'enquête : certains de ces actes fictifs ont été déclarés au nom d'un praticien mort en 2021, ce qui signifie que le système a continué de traiter et de rembourser des feuilles de soins signées par quelqu'un qui n'était plus en vie. Sept personnes ont été mises en examen en mars 2026 dans le cadre de ce dossier.

L'affaire illustre une faille structurelle ancienne et documentée. Depuis 2009, l'ouverture d'un centre de santé ne nécessitait plus d'agrément préalable. N'importe qui pouvait donc créer une structure, facturer des actes à la Sécurité sociale et disparaître avant tout contrôle sérieux. Cette absence de filtre à l'entrée a constitué pendant des années une porte ouverte à des montages frauduleux. La loi de 2023 a rétabli le contrôle de l'Agence régionale de santé (ARS) pour les centres dentaires et ophtalmologiques, en réponse directe au scandale Alliance Vision, dont les actes injustifiés avaient déjà atteint 21 millions d'euros. Le dossier des 18 centres s'inscrit donc dans une série et non dans un accident isolé.

723 millions d'euros de fraudes détectées en 2025, mais un contrôle quasi inexistant

Ce dossier n'est pas une anomalie. En 2025, l'Assurance maladie a détecté et stoppé 723 millions d'euros de fraudes. Les professionnels de santé en représentent 73,5% du total et les centres de santé arrivent en tête de ce classement avec 138 millions d'euros identifiés sur la seule année écoulée. Ces chiffres donnent une idée de l'ampleur du phénomène, mais ils ne disent pas tout : ils ne mesurent que ce qui a été détecté, pas ce qui est passé entre les mailles.

Derrière ces montants, une réalité que la Cour des comptes formule sans détour dans son rapport cité par Micode : seuls 0,3% des prestations versées ont fait l'objet d'un contrôle en 2025. En clair, l'essentiel du système repose sur la confiance déclarative. Un professionnel de santé ou un centre déclare des actes, l'Assurance maladie rembourse et la vérification n'intervient, quand elle intervient, qu'après le fait. Les fraudes détectées ne représentent donc qu'une fraction de ce qui pourrait exister à grande échelle. Le rapport entre les montants stoppés et le volume total des remboursements donne la mesure du défi : l'Assurance maladie verse chaque année plusieurs centaines de milliards d'euros de prestations, avec des moyens de vérification structurellement limités face à ce flux.

La loi de 2023 constitue un premier verrou concret, mais elle ne couvre pas l'ensemble des spécialités médicales. Les centres de médecine générale ou de biologie, par exemple, restent soumis à un régime déclaratif allégé. Le contrôle préalable de l'ARS, désormais obligatoire pour les centres dentaires et ophtalmologiques, n'a pas encore été étendu à ces autres types de structures. Le dossier des 18 centres dentaires, s'il aboutit à des condamnations, pourrait peser dans le débat sur cette extension. La question posée par l'enquête de Micode reste ouverte : combien de structures similaires opèrent aujourd'hui dans des spécialités encore soustraites à ce contrôle d'entrée ?

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